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mercredi 2 septembre 2026

Diamonds and Rust

Diamonds And Rust"

I'll be damned, 
Here comes your ghost again
But that's not unusual
It's just that the moon is full
And you decided to call
And here I sit, 
Hand on the telephone
Hearing the voice I'd known
A couple of light years ago
Heading straight for a fall


As I remember your eyes 
Were bluer than robin's eggs 
My poetry was lousy you said 
Where are you calling from? 
A booth in the Midwest 
Ten years ago I bought you some cufflinks 
You brought me something 
We both know what memories can bring 
They bring diamonds and rust


Well, you burst on the scene, 
Already a legend 
The unwashed phenomenon 
The original vagabond 
You strayed into my arms 
And there you stayed 
Temporarily lost at sea 
The Madonna was yours for free 
Yes, the girl on the half-shell 
Could keep you unharmed

Now I see you standing with brown leaves falling around
And snow in your hair
Now you're smiling out the window of the crummy hotel
Over Washington Square
Our breath comes in white clouds,
Mingles and hangs in the air
Speaking strictly for me
We both could've died then and there


Now you're telling me you're not nostalgic
Then give me another word for it
You who are so good with words
And at keeping things vague
'Cause I need some of that vagueness now
It's all come back too clearly
Yes, I once loved you dearly
And if you're offering me diamonds and rust
I've already paid


Comme la neige qui, en montagne, masque les rocs, les ruisseaux, les prairies et les arbustes, comme le froid de l'hiver qui engourdit et met en sommeil, le temps dissimule, peu à peu, ces blessures que l'on voudrait oublier. 

Mais le dégel,
ou quelques coups de pelle,
ou un appel,
font brusquement resurgir le passé et la douleur est là, intacte, parfaitement conservée au sortir de cette hibernation. 

Le temps, pourtant, a fait son travail : la douleur est la même mais elle entraîne dans son sillage un cortège de souvenirs qui la mettent en perspective. Tout ce qui a précédé, mais aussi tout ce qui a suivi la blessure revient en mémoire sous un éclairage nouveau qui souligne les ombres autant que les lumières. 

La vie, qui aurait pu s'arrêter là, a poursuivi son chemin, apportant d'autres blessures, d'autres joies aussi, toutes teintées de la couleur inaltérable de ce souvenir douloureux, mais reflétant encore la pâle lueur de l'espoir.
C'est ainsi un appel téléphonique qui ramène Joan Baez dix ans en arrière, lorsqu'elle a rencontré Bob Dylan et vécu avec lui un amour qu'elle croyait pur et éternel mais n'a duré que trois ans.
Et que fait un artiste lorsque la douleur l'assaille ? 
Il crée une œuvre qu'il emplit de sa souffrance, ses peurs, ses espoirs, ses peines, ses regrets et ses remords…
Joan en a fait une chanson parmi les plus belles et les plus émouvantes par sa sincérité et sa lucidité, avec toute l'amertume qui en résulte. Elle a gardé cette immense admiration pour Bob et son talent poétique, mais elle ne cache pas sa déception de l'avoir vu se détourner des causes pour lesquelles tous deux avaient milité afin de poursuivre sa carrière et satisfaire son ambition. Elle se résigne à n'avoir été pour lui qu'une étape sur son chemin, à l'avoir (considérablement) aidé sans recevoir en retour ce qu'elle pouvait être en droit d'espérer. Joan reconnait qu'elle avait idéalisé son amant qui reste un grand poète (au point d'obtenir plus tard le prix Nobel de littérature) mais un homme avec ses défauts et ses faiblesses, pour qui les causes chères à Joan n'étaient peut-être que des outils au service de sa carrière, et pour qui la liaison avec Joan n'était qu'une aventure, utile, certes, mais sans avenir.
Un simple appel téléphonique ravive tous ces souvenirs, réveille la douleur, mais ne fait pas renaître l'amour, du moins pas de la même façon : la passion ne se vit qu'une fois…
C'est donc la déception, la peine, et l'amertume qu'exprime Joan dans cette chanson vibrante d'émotion, mais ni la rancœur ni le ressentiment. Les diamants, prétendument éternels, ne viennent jamais sans la rouille, la lumière sans l'ombre, la vie sans la mort, et l'amour sans la peine…


Diamants et Rouille 

Enfer, voilà
Que revient ton fantôme
Mais c'est habituel
Quand, une nuit de pleine lune
Tu me lances un appel
Au téléphone, 
Cette voix je l'entendais
Je me souviens, c'était
Il y a une éternité
Vouée à succomber

Je me souviens de tes yeux
Ils étaient plus bleus que bleu
Mes poèmes étaient nuls, disais-tu
Mais d'où appelles-tu ?
Une cabine du Midwest
Il y a dix ans, je t'offrais une bague 
Et toi, je ne sais plus quoi
Voilà ce qu'on trouve dans les souvenirs :
Des diamants et d'la rouille

Bon, tu as surgi sur la scène
Déjà une légende
Le plébéien phénomène 
Le vagabond énergumène
Dans mes bras tu as échoué
T'es réfugié
En ce temps où tu dérivais
Pour rien, la Madone, tu l'avais
Oui, la fille sur piédestal
Pouvait de protéger 

Autour de toi, tombent les feuilles mortes et la neige
Brille dans tes ch'veux
Je te vois sourire à la fenêtre de cet hôtel miteux 
Sur Washington Square
Nos souffles, en blancs nuages
Se mêlent et montent aux cieux
De mon seul point de vue, nous
Aurions dû mourir là tous les deux

De nostalgie, tu dis n'en pas ressentir
Tu as bien d'autres mots pour le dire
Tu joues si bien avec les mots
En restant dans le vague
Là, j'ai besoin d'un peu de ce vague
Tout me revient clairement, 
Oui, je t'aimais tendrement
Et si tu m'offres des diamants et de la rouille, j'ai déjà payé


(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


 

dimanche 8 juin 2025

Still Waiting at the Door

I built our home with bleeding hands
Laid each brick with love and plans
You were my light
My reason why
Now I just talk to an empty sky

I’m still waiting at the door
Where your laughter lived before
Every night I whisper low
Come back home, don’t let me go
But silence is all I know

You wore your cap, I fixed your tie
Watched you chase your dreams and fly
I gave you wings
I stayed behind
But now you’re gone and so is time


I’m still waiting at the door
Where your footsteps touch the floor
Even pain begins to fade
But the love it always stays
Still alone still afraid

I don’t need much, just one more day 
To hear you call, to hear you say
Dad, I remember who you are 
But wishes don’t go that far

So, I sing here on this stage
Old and tired full of ache
Not for gold, not for fame
Just to call out your name
Still waiting, still the same


Voici une chanson sortie de nulle part il y a quelques semaines, accompagnée d’une vidéo la présentant comme chantée lors de l’émission de télé-réalité américaine « America’s Got Talent » sur NBC, par un certain Ernesto. Celui-ci explique qu’il était charpentier, qu’il avait construit de ses mains la maison familiale mais que son fils a grandi, sa femme est devenue distante, et tous deux l’ont quitté un jour, sans au-revoir et sans jamais donner de nouvelle. C’est donc avec l’espoir qu’ils l’entendent et reviennent qu’il vient chanter sur la scène de cette émission.
Belle chanson, mélodie addictive, forte émotion… tous les ingrédients sont là !
Mais…
La recherche sur le site de NBC reste infructueuse, et les internautes s’interrogent en vain sur l’auteur et l’origine de cette chanson pour arriver à la conclusion que la vidéo, sinon la chanson elle-même, a très certainement été générée par l’intelligence artificielle (IA). Divers indices plaident en ce sens, notamment les séquences montrant à l’excès l’émotion des membres du jury.
Le chanteur lui-même, qui dit avoir 54 ans, paraît beaucoup plus, mais il dit aussi que, suite au départ de sa femme et son fils, il a perdu sa maison et dormi dans la rue. Ceci peut expliquer cela. De même, les gestes un peu gauches qu’il fait sur scène pourraient traduire l’émotion compréhensible d’un charpentier montant sur les planches (au sens figuré) pour la première fois. Cependant, la voix est belle, parfaitement maîtrisée, et manifestement pas celle d’un chanteur amateur.
Le mystère reste donc complet… pour l’instant. L’IA est-elle bien à l’origine de cette œuvre ? Si oui, quelle IA ? Qui a formulé la requête et en quels termes ? Sans négliger la question de la propriété intellectuelle : à qui reviennent les droits d’auteurs : l’IA, la personne qui a formulé la requête, tous les artistes dont les œuvres ont été utilisées pour nourrir l’IA ?
Quoi qu’il en soit, l’irruption de l’intelligence artificielle dans la création artistique alimente depuis quelque temps les discussions et suscite l’inquiétude légitime des auteurs et des artistes. S’il s’agit là réellement d’une création de l’lA, l’inquiétude semble justifiée.
Les créations de l’IA peuvent obtenir un grand succès (si l’on en juge par la diffusion virale de cette chanson sur les réseaux sociaux), peut-être au détriment de la « vraie » création artistique en particulier si elle est médiocre ou si elle s’écarte des sentiers battus. L’IA se nourrit en effet de l’existant. Elle peut en faire la synthèse, ou même en tirer la quintessence, mais ses algorithmes lui font pondérer plus lourdement les données qui ont du succès (en termes de nombre de consultations, citations, appréciations), faisant ainsi évoluer la production « artistique » vers un dénominateur commun qui ne sera sans doute ni le plus grand ni le plus original. Cette chanson connaît un succès considérable : certaines vidéos cumulent plusieurs millions de vues, les tablatures sont disponibles, et même un karaoké !
Affaire à suivre, donc, sans pour autant bouder cette belle chanson, d’où qu’elle vienne.
NB : La phrase "You wore your cap, I fixed your tie” fait allusion à la cérémonie de “graduation" (remise du diplôme) au "College" (Université) pour laquelle les étudiants revêtent l’accoutrement traditionnel comportant, outre la toge, un chapeau et une cravate spécifiques de l’établissement.

ALN

🎻 Version française avec une musique générée par SUNO sur une requête de Didier (cf. commentaires)

🎷 Le texte original anglais sur la même mélodie. 

 

J’attends encore sur le seuil

De mes mains j’ai bâti les murs
De notr’ maison avec amour
Tu m’éclairais
Me motivais
Je n’ai plus qu’un ciel vide pour parler

J’attends encore sur le seuil
De ton rire j’ai fait le deuil
Chaque soir, je dis tout bas
Reviens-moi, ne me laisse pas
Le silence sur moi s’abat

Je t’ai appris à t’habiller
Suivre tes rêves et voler
T’ai protégé
Encouragé
Mais tu es parti, le temps aussi

J’attends encore sur le seuil
Pour qu’à nouveau je t’accueille
Si la douleur s’atténue
L’amour n’a pas disparu
Dans la peur, la solitude

Je ne demande qu’un jour de plus
Pour t’entendre me dire « Salut
Je me souviens de toi, Papa »
Mais le ciel ne m’exauce pas

Je chante sous les projecteurs
Vieux, las, perclus de douleurs
Pas pour l’argent ni la gloire
Juste pour dire mon espoir
Je t’attends, comme avant

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)