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mercredi 2 septembre 2026

Diamonds and Rust

Diamonds And Rust"

I'll be damned, 
Here comes your ghost again
But that's not unusual
It's just that the moon is full
And you decided to call
And here I sit, 
Hand on the telephone
Hearing the voice I'd known
A couple of light years ago
Heading straight for a fall


As I remember your eyes 
Were bluer than robin's eggs 
My poetry was lousy you said 
Where are you calling from? 
A booth in the Midwest 
Ten years ago I bought you some cufflinks 
You brought me something 
We both know what memories can bring 
They bring diamonds and rust


Well, you burst on the scene, 
Already a legend 
The unwashed phenomenon 
The original vagabond 
You strayed into my arms 
And there you stayed 
Temporarily lost at sea 
The Madonna was yours for free 
Yes, the girl on the half-shell 
Could keep you unharmed

Now I see you standing with brown leaves falling around
And snow in your hair
Now you're smiling out the window of the crummy hotel
Over Washington Square
Our breath comes in white clouds,
Mingles and hangs in the air
Speaking strictly for me
We both could've died then and there


Now you're telling me you're not nostalgic
Then give me another word for it
You who are so good with words
And at keeping things vague
'Cause I need some of that vagueness now
It's all come back too clearly
Yes, I once loved you dearly
And if you're offering me diamonds and rust
I've already paid


Comme la neige qui, en montagne, masque les rocs, les ruisseaux, les prairies et les arbustes, comme le froid de l'hiver qui engourdit et met en sommeil, le temps dissimule, peu à peu, ces blessures que l'on voudrait oublier. 

Mais le dégel,
ou quelques coups de pelle,
ou un appel,
font brusquement resurgir le passé et la douleur est là, intacte, parfaitement conservée au sortir de cette hibernation. 

Le temps, pourtant, a fait son travail : la douleur est la même mais elle entraîne dans son sillage un cortège de souvenirs qui la mettent en perspective. Tout ce qui a précédé, mais aussi tout ce qui a suivi la blessure revient en mémoire sous un éclairage nouveau qui souligne les ombres autant que les lumières. 

La vie, qui aurait pu s'arrêter là, a poursuivi son chemin, apportant d'autres blessures, d'autres joies aussi, toutes teintées de la couleur inaltérable de ce souvenir douloureux, mais reflétant encore la pâle lueur de l'espoir.
C'est ainsi un appel téléphonique qui ramène Joan Baez dix ans en arrière, lorsqu'elle a rencontré Bob Dylan et vécu avec lui un amour qu'elle croyait pur et éternel mais n'a duré que trois ans.
Et que fait un artiste lorsque la douleur l'assaille ? 
Il crée une œuvre qu'il emplit de sa souffrance, ses peurs, ses espoirs, ses peines, ses regrets et ses remords…
Joan en a fait une chanson parmi les plus belles et les plus émouvantes par sa sincérité et sa lucidité, avec toute l'amertume qui en résulte. Elle a gardé cette immense admiration pour Bob et son talent poétique, mais elle ne cache pas sa déception de l'avoir vu se détourner des causes pour lesquelles tous deux avaient milité afin de poursuivre sa carrière et satisfaire son ambition. Elle se résigne à n'avoir été pour lui qu'une étape sur son chemin, à l'avoir (considérablement) aidé sans recevoir en retour ce qu'elle pouvait être en droit d'espérer. Joan reconnait qu'elle avait idéalisé son amant qui reste un grand poète (au point d'obtenir plus tard le prix Nobel de littérature) mais un homme avec ses défauts et ses faiblesses, pour qui les causes chères à Joan n'étaient peut-être que des outils au service de sa carrière, et pour qui la liaison avec Joan n'était qu'une aventure, utile, certes, mais sans avenir.
Un simple appel téléphonique ravive tous ces souvenirs, réveille la douleur, mais ne fait pas renaître l'amour, du moins pas de la même façon : la passion ne se vit qu'une fois…
C'est donc la déception, la peine, et l'amertume qu'exprime Joan dans cette chanson vibrante d'émotion, mais ni la rancœur ni le ressentiment. Les diamants, prétendument éternels, ne viennent jamais sans la rouille, la lumière sans l'ombre, la vie sans la mort, et l'amour sans la peine…


Diamants et Rouille 

Enfer, voilà
Que revient ton fantôme
Mais c'est habituel
Quand, une nuit de pleine lune
Tu me lances un appel
Au téléphone, 
Cette voix je l'entendais
Je me souviens, c'était
Il y a une éternité
Vouée à succomber

Je me souviens de tes yeux
Ils étaient plus bleus que bleu
Mes poèmes étaient nuls, disais-tu
Mais d'où appelles-tu ?
Une cabine du Midwest
Il y a dix ans, je t'offrais une bague 
Et toi, je ne sais plus quoi
Voilà ce qu'on trouve dans les souvenirs :
Des diamants et d'la rouille

Bon, tu as surgi sur la scène
Déjà une légende
Le plébéien phénomène 
Le vagabond énergumène
Dans mes bras tu as échoué
T'es réfugié
En ce temps où tu dérivais
Pour rien, la Madone, tu l'avais
Oui, la fille sur piédestal
Pouvait de protéger 

Autour de toi, tombent les feuilles mortes et la neige
Brille dans tes ch'veux
Je te vois sourire à la fenêtre de cet hôtel miteux 
Sur Washington Square
Nos souffles, en blancs nuages
Se mêlent et montent aux cieux
De mon seul point de vue, nous
Aurions dû mourir là tous les deux

De nostalgie, tu dis n'en pas ressentir
Tu as bien d'autres mots pour le dire
Tu joues si bien avec les mots
En restant dans le vague
Là, j'ai besoin d'un peu de ce vague
Tout me revient clairement, 
Oui, je t'aimais tendrement
Et si tu m'offres des diamants et de la rouille, j'ai déjà payé


(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


 

mercredi 21 février 2024

Farewell Angelina

Farewell, Angelina, The bells of the crown
Are being stolen by bandits, I must follow the sound.
The triangle tingles, And the trumpets play slow.
Farewell, Angelina, The sky is on fire, And I must go.

There's no need for anger, There's no need for blame.
There's nothing to prove, Everything's still the same.
Just a table standing empty, By the edge of the sea
Farewell, Angelina, The sky is trembling, And I must leave.

The jack and the queen Have forsaked the courtyard.
Fifty-two gypsies Now file past the guards
In the space where the deuce And the ace once ran wild
Farewell, Angelina, The sky is falling, I'll see you in a while
.


See the cross-eyed pirates sitting Perched in the sun
Shooting tin cans With a sawed-off shotgun.
And the neighbors they clap And they cheer with each blast.
Farewell, Angelina, The sky's changing color, And I must leave fast

King Kong, little elves On the rooftops they dance
Valentino-type tangos While the makeup man's hands
Shut the eyes of the dead Not to embarrass anyone.
But Farewell, Angelina, The sky's embarrassed And I must be gone.

The machine guns are roaring, The puppets heave rocks
And fiends nail time bombs To the hands of the clocks.
Call me any name you like, I will never deny it,
But Farewell, Angelina, The sky is erupting, I must go where it's quiet.


Cette sublime chanson doit évidemment beaucoup à la voix chaude et pure de Joan Baez (dans l’album éponyme paru en 1965), une voix qui pénètre et vibre jusqu’au fond de l’âme. Bob Dylan l’écrivit au début des années 1960 et essaya de l’enregistrer pour son album « Bringing It All Back Home » en 1965, mais l’enregistrement ne fut publié qu’en 1991. C’est donc à Joan Baez qu’il « confia » cette chanson dont certains pensent même qu’elle fut une forme d’adieu quand leur liaison touchait à son terme.
Selon Bob Dylan lui-même, la mélodie s’inspirerait de la chanson de marin « Farewell to Tarwathie » écrite en 1850 par le poète-paysan écossais George Scroggie.
Cette chanson a fait l’objet d’innombrables commentaires et interprétations multiples prêtant à l’auteur des idées et des messages très divers sans doute très éloignés de sa propre pensée, si tant est qu’il ait eu, lors de son écriture, une intention précise et focalisée. Il s’amusait par anticipation de l'exégèse que pourraient en faire les critiques !
Pour ma part, j’ai le lointain souvenir d’avoir pensé, lorsque j’entendis pour la première fois la version française chantée par Nana Mouskouri, qu’il s’agissait d’une évocation de la guerre civile en Espagne. Il est vrai que l’atmosphère de cette chanson est lourde de menaces. Sont décrits les voleurs, les terroristes, les pillards, la populace, mais aussi les fusils, les mitrailleuses, les bombes à retardement… et les morts… et le ciel de plus en plus menaçant qui témoigne de l’approche inexorable de « la zone de combat ». Pour autant, rien ne prouve que ce soit là ce que Bob Dylan ait voulu mettre en scène. Une lecture métaphorique est possible, comme celle des menaces qui planent sur une relation amoureuse. Le propre de la poésie de Bob Dylan, comme de celle de Leonard Cohen, est de permettre à chaque lecteur de projeter ses propres sentiments, ses peurs et ses espoirs, ses faiblesses et ses rêves : une sorte d’auberge espagnole où chacun apporte ses ingrédients affectifs et spirituels personnels.
Restent la mélodie, aussi simple que belle, les alexandrins qui lui confèrent une forme de solennité, le ciel qui s’obscurcit, et l’angoisse qui se mêle à la résignation.
Le tableau surréaliste que dessine cette chanson est semé d’indices qui ne sont sans doute pas là par hasard, quand bien même les mots conduisent l’auteur plus qu’ils ne sont conduits par lui. Par exemple, le triangle tinte, bien sûr, mais Bob Dylan a écrit non pas « tinkles » mais « tingles », suggérant une démangeaison, une irritation, donc un tintement impatient, urgent. J’ai donc choisi de le traduire par « tintille » pour sa consonance avec « titille », sans bien savoir si ce choix était pertinent mais pour tenter de rester au plus près des mots de l’auteur. De même, l’évocation d’un jeu de cartes, à la manière de Lewis Carroll, cite l’as et le deux (ou l’égalité), mais les gitans ou manouches qui s’alignent derrière les gardes sont au nombre de cinquante-deux, comme les cartes dans le jeu, ce qui n’est sans doute pas non plus un hasard. Bien sûr, on pense aussitôt à une rafle, au racisme…
Mais que font là King-Kong et les elfes ? Et qui est Angelina ?
Comme la recherche scientifique, la poésie apporte en fin de compte autant de questions que de réponses !
Pierre Delanoë en a écrit une très belle version française ("Adieu Angelina), assez fidèle à l’original mais ne s’attardant pas sur certains de ses mystères comme le titillement du triangle (simplement omis), la reine et le valet (devenus les rois et les reines) qui « quittent la basse-cour », et les 52 gitans devenus 200 bohémiennes. L’as et le deux sont aussi absents, mais le « rien ne va plus » évoque bien un jeu de roulette. Je n’avais donc pas grand-chose à apporter, et j’avais soigneusement évité, jusqu’ici, d’entreprendre cette traduction, mais cette chanson a surgi dans ma tête un matin au réveil et y est restée la journée entière, m’incitant à l’examiner de plus près, puis à vouloir me l’approprier en la traduisant sans trop la trahir.

ALN


Adieu, Angelina

Adieu Angelina, je dois suivre le bruit
Des cloches de la couronne volées par des bandits
Tintillent les triangles et sonnent les cuivres
Adieu Angelina, le ciel est en feu et je dois les suivre

Pas besoin de colère, pas besoin de blâmer
Il n’y a rien à prouver, rien n’a vraiment changé
Au bord de la mer, rien qu’une table déserte
Adieu Angelina, le ciel frémit et il faut que je parte

La reine et le valet ont délaissé la cour
Cinquante-deux manouches que des gardes entourent
Dans l’espace que jadis as et deux parcouraient
Adieu Angelina, le ciel va s’écrouler, mais je te reverrai

Vois les pirates bigleux qui au soleil juchés
Canardent des boîtes avec un canon scié
Les voisins applaudissent et acclament chaque tir
Adieu Angelina, le ciel change de couleur, je dois vite partir


King-Kong et petits elfes dansent sur le toit
Des tangos argentins. L’embaumeur de ses doigts
Ferme les yeux du mort pour ne pas inquiéter
Mais adieu Angelina, le ciel est couvert, je ne peux pas rester


Les mitrailleuses rugissent, et les pantins lapident
Des fanatiques piègent les horloges au plastic
Appelle-moi comme tu voudras sans craindre mon déni
Mais adieu, Angelina, le ciel se déchire, je dois aller à l’abri

 

(Traduction-Adaptation : Polyphrène)


dimanche 23 décembre 2012

Can The Circle Be Unbroken

I was standing by the window
On one cold and cloudy day
And I saw the hearse come rolling
For to carry my mother away

Can the circle be unbroken
Bye and bye, Lord, bye and bye
There's a better home a-waiting
In the sky, Lord, in the sky

Lord, I told the undertaker
Undertaker, please drive slow
For this body you are hauling
How I hate to see her go

I followed close beside her
Tried to hold up and be brave
But I could not hide my sorrow
When they laid her in the grave

Went back home
Lord my home was lonesome
All my brothers sisters crying
What a home so sad and lone



Voici une chanson « Country » traditionnelle, et tout à fait caractéristique par son thème particulièrement sombre. Elle fut adaptée  par Alvin P Carter d’un hymne chrétien ("Will the circle be unbroken") écrit en 1907 par Ada R. Habershon sur une musique de Charles H. Gabriel. Elle fut alors chantée par la Carter Family (photo), puis reprise par d’innombrables artistes qui en firent ainsi l’un des piliers de la « Country ». Parmi eux, bien sûr, Johnny Cash, dont on connait l'admiration, puis l'amour, pour June Carter.
Si toutes les chansons « Country » ne sont pas des lamentations, force est de reconnaître qu’elles mettent le plus souvent en scène, avec de multiples variations, le départ, la rupture, et la mort. « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », certes, mais un telle ambiance peut devenir pesante.
De nombreuses chansons comme celle-ci font partie du répertoire de clubs de Square Dance ou de Country Dance, et les chorégraphies qui leurs sont associées peuvent sembler assez primesautières. Il n’est donc pas indispensable de comprendre les paroles de toutes les chansons qu’on apprécie…

Et Joyeux Noël aux Wild West Dancers de Guénar !



Puisse le Cercle se Reformer

Par un froid matin de brouillard
J’allais à ma porte, et
Je vis venir le corbillard
Pour prendre ma mère et l’emporter

Puisse le cercle se reformer
Au revoir, Adieu, Adieu
Un meilleur foyer nous attend
Dans les cieux, oui, dans les cieux

Seigneur, ai-je dit aux croquemorts
Je vous supplie de ralentir
Parce que vous portez un corps
Que je ne veux voir partir

Je l’ai suivie sur le chemin
Portant dignement le deuil
Mais ne pus cacher mon chagrin
En descendant le cercueil

De retour,
Quel vide dans la maison
Mes frères et sœurs en pleurs
Tristesse et désolation

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 14 décembre 2008

Don't Think Twice, It's All Right

It ain't no use to sit and wonder why, babe
It don't matter, anyhow
An' it ain't no use to sit and wonder why, babe
If you don't know by now
When your rooster crows at the break of dawn
Look out your window and I'll be gone
You're the reason I'm trav'lin' on
Don't think twice, it's all right

It ain't no use in turnin' on your light, babe
That light I never knowed
An' it ain't no use in turnin' on your light, babe
I'm on the dark side of the road
Still I wish there was somethin' you would do or say
To try and make me change my mind and stay
We never did too much talkin' anyway
So don't think twice, it's all right

It ain't no use in callin' out my name, gal
Like you never did before
It ain't no use in callin' out my name, gal
I can't hear you any more
I'm a-thinkin' and a-wond'rin' all the way down the road
I once loved a woman, a child I'm told
I give her my heart but she wanted my soul
But don't think twice, it's all right

I'm walkin' down that long, lonesome road, babe
Where I'm bound, I can't tell
But goodbye's too good a word, gal
So I'll just say fare thee well
I ain't sayin' you treated me unkind
You could have done better but I don't mind
You just kinda wasted my precious time
But don't think twice, it's all right

 

 Comment laisser de côté cette célébrissime chanson de Bob Dylan ? Elle est d'autant plus incontournable que Hughes Aufray en a fait, en France, un succès majeur sous le titre de "N'y pense plus, tout est bien". Ce n'était certainement pas une bonne idée de ma part que de tenter de la traduire, dès lors que l'adaptation française de Hughes Aufray et Pierre Dorsey, très fidèle, dans l'ensemble, au texte original, a comblé le public francophone. En outre, il est difficile de "l'oublier" et ne pas se laisser influencer dans une traduction qui se veut plus littérale. C'est pourquoi j'ai longtemps laissé de côté ce texte dans la file d'attente de mes traductions. 

 Néanmoins, je souhaitais m'aventurer jusqu'au bout du texte de Bob Dylan pour tenter d'en percevoir les nuances avant de me risquer à les restituer en français. 

Bob Dylan, comme Hughes Aufray, évoquent l'incompréhension des êtres, et la "cinquième dimension" que constitue la Liberté, dimension à laquelle n'accèdent que les "aventuriers", libres comme le vent, sans lien ni racine. 

Pourtant, je ressens toujours une certaine gène, presque un malaise, face à cette vision très unilatérale des problèmes de communication entre ceux qui ont été, ou auraient pu être, des amants, lorsque le mâle épris de liberté abandonne sa partenaire d'un temps qui n'a pas su le comprendre (se hisser à son niveau). 

Ce thème évoque pour moi de multiples chansons, notamment le poème de Jean Richepin chanté de façon sublime par Georges Brassens: "Les oiseaux de passage". 

 De nombreuses chansons posent l'équation "liberté = solitude"... 

 Plus le temps passe, plus je regarde en moi-même, plus j'examine la route qui se déroule devant moi, et plus je considère que la solitude équivaut à la non - existence.  

Que vaut l'amour s'il n'est pas libre ?  

Que vaut la liberté si elle n'est pas partagée ?  

 

T’en fais pas, ça ira

À quoi bon se poser des questions, petite ?
Tout ça n’a plus d’importance !
À quoi bon se poser des questions, petite ?
Tu n’as pas vu l’évidence !
Quand ton coq chantera au petit matin
Regarde dehors : je serai loin.
Par ta faute, je reprends mon chemin.
T’en fais pas, ça ira.

À quoi bon allumer la lumière, petite ?
Lumière que je n’ai jamais vue…
À quoi bon allumer la lumière, petite ?
Je marche à l’ombre dans la rue.
Pourtant j’espérais de toi un mot ou un geste,
Pour me faire changer d’avis et que je reste,
Mais on n’a jamais su trop parler, du reste.
T’en fais pas, ça ira.

À quoi bon m’appeler par mon nom, petite ?
Il fallait le faire avant.
À quoi bon m’appeler par mon nom, petite ?
Je n’entends plus que le vent.
En chemin, je me dis que ce n’est pas un drame,
Tu n’étais qu’une enfant ; moi, j’aimais une femme,
Je t’ai donné mon cœur mais tu voulais mon âme.
T’en fais pas, ça ira.

Et je poursuis ma route solitaire,
Où va-t-elle ? C’est un mystère.
Au revoir ne serait pas sincère.
Disons-nous adieu, je préfère.
Je n’ prétends pas qu' tu n’aies rien fait de bien ;
Tu aurais pu faire mieux, mais ça n’ fait rien.
Tu as simplement pris mon temps en vain.
T’en fais pas, ça ira.

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)


mercredi 26 novembre 2008

Peggy-O

As we rode out to Fennario
As we rode out to Fennario
Our captain fell in love
With a lady like a dove
And he called her by name pretty Peggy-O

Will you marry me, pretty Peggy-O
Will you marry me, pretty Peggy-O
If you will marry me,
I will set your cities free
And free all the ladies in the area-O

I would marry you, sweet William-O
I would marry you, sweet William-O
I would marry you,
But your guineas are too few (note 2)
And I fear my mama would be angry-O

What would your mama think, pretty Peggy-O
What would your mama think, pretty Peggy-O
What would your mama think
If she heard my guineas clink
And saw me marching at the head of my soldiers-O

If ever I return, pretty Peggy-O
If ever I return, pretty Peggy-O
If ever I return,
All your cities I will burn
Destroy all the ladies in the area-O

Come stepping down the stairs, pretty Peggy-O
Come stepping down the stairs, pretty Peggy-O
Come stepping down the stairs,
Combing back your yellow hair
And bid a last farewell to young William-O

Sweet William he is dead, pretty Peggy-O
Sweet William he is dead, pretty Peggy-O
Sweet William he is dead,
And he died for a maid
And he's buried in the Louisiana country-O

As we rode out to Fennario
As we rode out to Fennario
Our captain fell in love
With a lady like a dove
And he called her by name pretty Peggy-O

 

Une ballade traditionnelle, divinement chantée par Paul Simon et Art Garfunkel, mais aussi, depuis le début des années 70, par Jerry Garcia, des "Grateful Dead", puis par Bob Dylan. On y trouve, comme dans "Scarborough Fair", le contraste entre une mélodie suave et un thème sombre, celui de l'amour contrarié ou détruit par la guerre. La version chantée par Simon et Garfunkel est plus brève et moins explicite que celle de Jerry Garcia, tandis que l'adaptation des Compagnons de la Chanson (dont je n'ai découvert l'existence qu'après avoir rédigé ma traduction) est plus libre, mais aussi plus didactique, mettant en scène la guerre de sécession et le drame (digne des Horace et des Curiace) qui en résulte.  

 

Peggy-O

Quand nous marchions sur Fennario
Quand nous marchions sur Fennario
Le chef offrit son cœur
A une fille belle comme une fleur
Et il l’appelait jolie Peggy-O

Me veux-tu en mariage, jolie Peggy-O ?
Me veux-tu en mariage, jolie Peggy-O ?
Si tu’mveux en mariage,
Je libèrerai ton village
Et toutes les jolies dames du voisinage.

Je t’épouserais, mon cher et gentil Guillaume
Je t’épouserais, mon cher et gentil Guillaume
Je t’épouserais, mon cher,
Mais ta solde est trop légère
Et je crains que ma mère ne soit en colère.

Que penserait ta maman, jolie Peggy-O
Que penserait ta maman, jolie Peggy-O
Que penserait ta maman
Si elle voyait mon argent,
Et me voyait marchant devant mon armée-O

Si j’étais de retour, jolie Peggy-O
Si j’étais de retour, jolie Peggy-O
Si j’étais de retour
Je brûlerais tout alentour
Détruisant tous les amours dans le pays-O

Descend l’escalier d’un bond, jolie Peggy-O
Descend l’escalier d’un bond, jolie Peggy-O
Descend l’escalier d’un bond
En coiffant tes cheveux blonds
Dire un dernier adieu au gentil Guillaume

Guillaume a rendu l’âme, jolie Peggy-O
Guillaume a rendu l’âme, jolie Peggy-O
Guillaume a rendu l’âme
Mort pour l’amour d’une dame,
Et il est enterré dans le Louisiana-O

Quand nous marchions sur Fennario
Quand nous marchions sur Fennario
Le chef offrit son cœur
A une fille belle comme une fleur
Et il l’appelait jolie Peggy-O

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 5 octobre 2008

Understand your Man


Don’t call my name out your window, I’m leavin'
I won’t even turn my head.
Don’t send your kinfolk to give me no talkin'
I’ll be gone, like I said.

You’d just say the same old things
That you be sayin'all along,
Just lay there in your bed and keep your mouth shut,
Till I’m gone.
Don’t give me that old familiar cry and fuss and moan

Understand your man.
I'm tired of your bad mouthing
Understand your man.

Now, you can give my other suit to the Salvation Army,
And everything else I leave behind --
I ain't taking nothing that'll slow down my traveling
While I'm untangling my mind.
I ain't gonna repeat what i said anymore.
While I'm breathing air that ain't been breathed before
I'll be as gone as the wild gruesome winter
Then you'll understand your man
Meditate on it
You hear me talking now
Understand your man
Remember what i told ya
Understand your man

Cette chanson de Johnny Cash sonne étrangement comme le précurseur du "Don't Think Twice" de Bob Dylan, dont l'adaptation française fut l'un des grands succès de Hughes Aufray sous le titre de "N'y pense plus, tout est bien". Même thème, même rythme, même scénario: l'aventurier mystérieux (donc incompris et vice-versa) qui reprend son errance et reproche à celle qu'il quitte de n'avoir pas su dialoguer. La version de Bob Dylan, chantée par de nombreux interprètes, est plus incisive, plus percutante, et renforce encore le mythe du voyageur aux mains rudes et au cœur libre. Qui ne s'est pas vu dans la peau de celui qui part, celui que la liberté appelle, celui dont les femmes rêvent mais qu'elles sont incapables de comprendre... et de retenir ? Le beau rôle, mais une asymétrie flagrante ! Il peut être plus facile de partir en s'estimant incompris que d'essayer de véritablement partager. "Tu aurais pu faire mieux..." chante Hugues Aufray "You just kind'a wasted my precious time" continue Bob Dylan. Bien voyons ! L'engouement pour cette chanson relève-t-il d'un romantisme sado-masochiste ou d'un machisme poétisé ? Au fond, ce ne sont "que" des chansons...mais quelles belles chansons !