"You are always on my mind!"

mardi 31 janvier 2012

Banjo







Ces objets qui nous parlent, dans le langage de nos souvenirs, avec l’accent de nos souffrances, et les mots de nos émotions…
Ces objets dits inanimés qu’agitent des forces muettes…
Ces objets innocents qui troublent notre âme…
Ces objets intrus, incongrus, inattendus…
Ces objets nous fascinent et nous montrent ce que nous n’avons pas su voir quand il était temps.



Banjo

Je regarde cet objet
Qui vient me parler
Un banjo brisé, balloté
En mer de noir infestée

Je ne sais d’où il vient
Par la vague dérobé
A l’épaule de quelqu’un
Ou, d’une tombe, arraché

Vers moi, il paraît venir
Où que j’aille, son devoir
N’est que de me faire souffrir
Le mien est de savoir


Je regarde cet objet
Qui vient me parler
Un banjo brisé, balloté
En mer de noir infestée

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)


NDT: Je reste contrit de n'avoir su rendre correctement "dark infested sea", où Léonard Cohen joue sur la consonnance avec l'expression "shark infested sea" (mer infestée de requins) : "Dark", la ténêbre, la noirceur, la mélancolie (cf. "Darkness") est en effet aussi redoutable que les squales. 

dimanche 29 janvier 2012

Anyhow






Léonard Cohen plaide coupable, avec humilité mais insistance, et de toute la force de sa souffrance.
L’amour peut-il mourir s’il n’a pas existé ?
Etre simplement humain est-il en soit une faute ?
La pitié est-elle une forme dégradée de l’amour ?
Quelle que soit la profondeur de notre misère, l’amour reste notre dernier espoir.
Les ténèbres ne peuvent être si noires qu’un rayon d’amour ne puisse les percer.
Et si le désir est coupable, s’il faut le tuer pour éteindre la souffrance, ne soyons pas ses assassins : acceptons d’être tous coupables du bonheur.



Malgré Tout

Tu sais, c’est vraiment lamentable
Qu’ainsi, tu me bafoues
Je sais, c’est impardonnable
Pardonne-moi malgré tout

La fin, c’est vraiment trop laid
Je t’ai même entendue
Nier avoir pu m’aimer
Mais aime moi quand même, veux-tu ?

J’ai rêvé de toi, poupée
Tu étais à demi nue
Tu dois me haïr, je sais
Mais hais moi moins, veux-tu ?

Tu n’ me reprendras jamais
J’ai gâché toutes mes chances
Mais je peux toujours demander
Puis-je avoir ton indulgence ?

Je suis nu, et je suis crasseux
De la sueur dans mon cou
Nous sommes coupables tous deux
Malgré tout

Aie pitié de moi, poupée
Après tout, j’ai avoué
Bien que tu doives me détester
Hais-moi moins, essaie

C’est honteux, et c’est lamentable
Je sais, c’est impardonnable
La fin, c’est vraiment trop laid
Tue nies avoir pu m’aimer
J’ai rêvé de toi, poupée
Tu dois me haïr, je sais
Je suis nu, et je suis crasseux
Nous sommes coupables tous deux
Aie pitié de moi poupée

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 21 janvier 2012

Going Home










Voici, pour les « fans » de Léonard Cohen, un « document » majeur, que ceux qui le suivent depuis ses débuts écouteront sans fin. Ce n’est pas seulement la quintessence de son art et un exemple remarquable de son style. C’est aussi la pièce manquante du puzzle (au sens littéral anglais du terme) pour découvrir, comme une gigantesque fresque, l’ensemble de son œuvre. Sur ce tableau grandiose, où l’on découvre des villes et des jardins, des monuments et des taudis, des abîmes et des océans, des cimes et des rivières, on reconnaît la tour de chanson, la rivière aux eaux noires, la rue Bugis, les mirages du pays de cocagne, et l’étrange fumée qui s’élève au dessus des villes. On voit agir les courants contraires qui parcourent les océans, on survole Vienne et Manhattan, une rue de New York en hiver… et l’on s’arrête devant un oiseau, perché sur un fil, qui chante à tue-tête pour célébrer sa liberté d’exister.
Dans ces paroles, à peine chantées par Léonard Cohen, de sa voix si grave qu’on la dirait d’outre-tombe, on retrouve l’humilité et la soumission qui transparaissent dans son œuvre, mais s’expriment plus directement dans ses dernières chansons comme « Show Me The Place ». On entend ici, tour à tour, « l’être suprême » qui l’a doté de cette voix et de ce don pour être non pas son prophète, mais son porte parole,  puis Léonard, qui nous disait « I was born like this, I had no choice » et chante maintenant le retour « à la maison », qu’il faut entendre comme dans « Swing low, sweet chariot, coming for to carry me home» : le retour vers la source, le passage sur l’autre rive du désespoir, la fin du cycle.
Bien évidemment, il est facile, voire tentant, d’inscrire tout cela dans un contexte religieux, et Léonard Cohen lui-même n’en disconvient pas. A cet égard, cette chanson est beaucoup plus « transparente » que bien d’autres, et d’une limpidité presque crue, qui devient poignante lorsque survient le refrain. Après un long chemin, et des années de méditation, Léonard Cohen jette sur sa vie un regard sans concession, mais, manifestement, lui cherche ou lui définit un sens, et ce sens implique humilité, soumission, respect, et sacrifice.
Et la lucidité qui fut toujours une des qualités premières de son œuvre devient clarté !


De Retour

J’aime parler avec Léonard
C’est un sportif et un pasteur
C’est un flemmard et un toquard
En costume

Mais il dit ce que je lui dis
Même si c’est mal ressenti
Il ne lui serait pas permis
D’refuser

Il dit la sagesse avec l’air
D’un grand sage et d’un visionnaire
Mais il sait bien qu’il n’est guère
Que l’agencement temporaire
D’un vil tube

   De retour
   Laissant mon chagrin
   De retour
   Tôt ou tard demain
   Où tout est vraiment
   Mieux qu’avant

   De retour
   Laissant mon fardeau
   De retour
   Derrière le rideau
   De retour
   Sans le déguisement
   Que j’arbore

Il veut écrire une chanson
D’amour, un hymne au pardon
Un traité pour vivre à fond
La défaite

Un cri par delà la souffrance
La résilience du sacrifice
Mais ce n’est pas je que je veux qu’il
Accomplisse

Je veux qu’il soit bien certain
Qu’il n’est en charge de rien
Et de vision n’a nul besoin

Qu’il n’a que la permission de
Respecter mon ordre de
Dire tout ce que je lui dis de
Répéter

   De retour
   Laissant mon chagrin
   De retour
   Tôt ou tard demain
   Où tout est vraiment
   Mieux qu’avant

   De retour
   Laissant mon fardeau
   De retour
   Derrière le rideau
   De retour
   Sans le déguisement
   Que j’arbore

J’aime parler avec Léonard
C’est un sportif et un pasteur
C’est un flemmard et un toquard
En costume

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 15 janvier 2012

Heart With No Companion







Depuis l’autre côté du chagrin et du désespoir,
de la face cachée de la tristesse,
du verso de la mélancolie,
de l’autre rive du fleuve de la vie,
de l’envers du décor de nos jours,
d’au delà de l’horizon de nos pensées,
de l’envers de la mort
nous parviennent les éclaboussures de l’amour que chante Léonard Cohen : l’amour qu’attendent ceux qui n’ont pu réaliser leurs rêves mais n’existeraient pas sans ces rêves.


Un Cœur sans Compagnon

Je te salue bien d’au delà
Du chagrin sans espoir
D’un si vaste amour que ses éclats
T’atteindront où que tu sois

Je chante pour le capitaine dont
Nul navire n’est construit
Pour la mère troublée parce que son
Berceau n’est pas rempli

Pour le cœur sans un compagnon
Pour l’âme qui n’a pas de roi
Pour les danseuses étoiles qui n’ont
Pas à danser quoi que ce soit

Au long des jours de honte qui viennent
Et des nuits de désarroi
Ta promesse, il faut que tu tiennes
Même si elle ne compte pas

Tu le dois pour le capitaine dont
Nul navire n’est construit
Pour la mère troublée parce que son
Berceau n’est pas rempli

Pour le cœur sans un compagnon
Pour l’âme qui n’a pas de roi
Pour les danseuses étoiles qui n’ont
Pas à danser quoi que ce soit

Je te salue bien d’au delà
Du chagrin sans espoir
D’un si vaste amour que ses éclats
T’atteindront où que tu sois

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 14 janvier 2012

Crazy To Love You








Dans son nouvel album “Old Ideas”, dont la sortie en France est imminente, Léonard Cohen chante « Crazy to love you », une chanson enregistrée en 2006 par Anjani Thomas (« Blue Alert »). Le tempo très lent laisse du temps à la méditation, et le ton apaisé contraste avec la force apparente des mots, qui renvoient l’écho de bien d’autres chansons de Léonard Cohen, où l’on peut croire discerner une forme de résignation (y compris dans « Show me the place »). S’agit-il de la simple acceptation des exigences de l’amour, ou de l’amère constatation que la vie nous amène à renoncer jusqu’à nous même ? On est pourtant étonné de ne percevoir là ni révolte, ni même véritable ressentiment. L’auditeur peut, comme toujours chez Léonard Cohen, situer sa lecture à différents niveaux et dans différents contextes : interpréter cette chanson dans le cadre de « l’amour humain » et des sacrifices qu’il implique, ou la transposer dans une dimension métaphysique et comprendre la soumission à la volonté « supérieure » dont « les voies sont impénétrables »… Si Léonard Cohen livre parfois quelques indices sur la signification profonde de ses textes, il se garde généralement d’en limiter la portée ou d’en contredire les interprétations, quelles qu’elles soient. Chacun peut ainsi très librement se les approprier… tant qu’il n’en fait pas un objet de polémique.




Etre Fou pour T’Aimer

Pour t’aimer, j’ai dû devenir fou
J’ai dû descendre au charbon
J’ai dû passer du temps au trou
Trop las pour un abandon

Pour t’aimer, j’ai dû devenir fou
Tu n’étais pas celle que j’ai
Cherchée dans le Chagrin du Souvenir
Mes tresses et mon sarrau défaits

Vers la route se tournent mes yeux
Le miroir dit vrai : je suis vieux
Mais, en fou, pour me cacher, j’ai mieux
Et plus profond qu’un adieu

Pour t’aimer, j’ai dû devenir fou
Dû dire, en tout, j’abandonne
Dû être ceux que je hais
Dû ne plus être personne

Las de choisir le désir
Par une sainte fatigue, je fus sauvé
Les portes des promesses débloquées
Et nul ne cherchant à sortir

Vers la route se tournent mes yeux
Le miroir dit vrai : je suis vieux
Mais, en fou, pour me cacher, j’ai mieux
Et plus profond qu’un adieu

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)