"You are always on my mind!"

dimanche 30 mai 2010

Story of Isaac

Story of Isaac

The door it opened slowly,
My father he came in,
I was nine years old.
And he stood so tall above me,
His blue eyes they were shining
And his voice was very cold.
He said, "I've had a vision
And you know I'm strong and holy,
I must do what I've been told."
So he started up the mountain,
I was running, he was walking,
And his axe was made of gold.
[...]




Une œuvre "fondamentale" de Léonard Cohen, évoquant l'un des passages les plus troublants et les plus forts de la bible, lorsque Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils Isaac. Bien que les exégètes en débatent encore, nombreux sont ceux qui considèrent que de tels sacrifices rituels étant courants à cette époque, l'intervention ultime de Dieu pour prévenir (interdire) ce sacrifice signifiait sa volonté de mettre fin, à jamais, à de telles horreurs. C'est, semble-t-il, l'interprétation qui prévaut dans le texte de Léonard Cohen, dont le récit est placé dans la bouche la la victime désignée, avec un réalisme frappant (jusqu'aux tournures de phrase enfantines).
Mais, encore une fois, Léonard Cohen ne s'en tient pas là. Alors que d'autres soulignent cet épisode comme marquant la sortie de l'obscurantisme et de ses rites monstrueux, Léonard Cohen "relativise" tout cela et suggère que les prétendues volontés divines ne sont souvent que le déguisement de dessins humains intéressés, et que les circonstances peuvent faire de nous, tout aussi bien, un héros ou un assassin.
Bien évidemment, cela est simplement suggéré, et, comme toujours, les textes de Léonard Cohen laissent, dans une ombre de mystère, une grande lattitude d'interprétation.


L’Histoire d’Isaac

La porte, lentement, s’ouvrit
Mon père entrer, je vis
J’étais si petit
A neuf ans seulement face à lui
Et son regard bleu durcit
Quand d’un ton froid, il dit
« J’ai eu une vision, et si
Tu me connais fort et béni
Je dois faire ce qu’on m’a dit »
Alors, la montagne, il gravit,
Lui marchant, moi courant, et puis
Sa hache d’or il avait pris.

Bientôt disparurent les sapins
L’eau du lac comme un miroir,
Une pause pour boire du vin
La bouteille qu’il jeta au loin
Cassa une minute plus tard
Il mit sa main sur mon poing
Un aigle dans le ciel
Tournait, ou était-ce un vautour ?
Je ne suis sûr de rien
Mon père construisit un autel
Ne se retournant qu’une fois pour
Voir que je ne fuirais point.

Vous et vos autels sanglants
Pour immoler ces enfants,
Ne faites plus cela maintenant
Une vision n’est pas un plan
Et rien ne fut pour vous tentant
Ni de Dieu ni de Satan
Vous qui, sur eux, élevez
Vos hachettes ensanglantées
Aucun de vous n’était
Là quand sur un mont je gisais
Et la main de mon père tremblait
Pour le mot et sa beauté

Et si tu m’appelles « mon frère »
Pardonne-moi si je m’enquiers
Selon quel plan tu opères.
Quand tout retombe en poussière
Je te tuerai si je dois
Je t’aiderai si je peux
Quant tout retombe en poussière
Je t’aiderai si je dois
Je te tuerai si je peux
Et l’uniforme n’importe guère
D’homme de paix ou d’homme de guerre
Le paon fait la roue, fier.




(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

samedi 29 mai 2010

Springtime in Alaska

Springtime in Alaska

Mushed from Point Barrow thru a blizzard of snow
Been out prospectin' for two years or so
Pulled into Fairbanks the city was a boom
So I took a little stroll to the Reddog Saloon.

As I walked in the door the music was clear
The purtiest voice I had heard in two years
The song she was singin' made a man's blood run cold
When It's Springtime In Alaska, it's forty below.

[...]



Cette chanson de Tillman Franks et Johnny Horton, qui figure aussi au répertoire de Johnny Cash, est très "visuelle". La description du chercheur d'or qui rentre, hirsute, après deux ans d'errance dans le grand Nord, est très évocatrice. On imagine aisément l'ambiance du "saloon" et la belle Eskimo à la voix claire et pure, et la danse tout autour de la salle enfumée.
En outre, cette chanson cite deux points remarquables :
Point-Barrow est la ville la plus au Nord de tout les Etats-Unis, à 515 km au Nord du cercle arctique.
La température de -40° est celle à laquelle les deux échelles (Celsius et Fahrenheit) coïncident (-40°C = -40°F). Ceci dit, la chanson comporte une petite exagération, car la température moyenne en avril est de l’ordre de –22°C (seulement). Néanmoins, avec le « facteur vent », cela reste réaliste.
Les villes d’Alaska comme Fairbanks ont connu une vague d’expansion à la suite de la découverte de gisements d’or, qui ont attiré les prospecteurs et aventuriers comme le héros de la chanson. Aujourd’hui, c’est l’or noir qui constitue la principale richesse.
Il reste encore un « Saloon du Chien-Rouge » (Red-Dog Saloon), non pas à Fairbanks, mais à Juneau, avec un décor parfaitement préservé.


Alaska au Printemps

Rentrant de Point Barrow dans la neige et le vent
Où j’avais prospecté durant près de deux ans
J’arrivais à Fairbanks ; la ville n’était qu’un bouge
Alors je m’aventurais jusqu’au bar du Chien-Rouge

En franchissant le seuil, avec la musique
Une voix si pure qu’elle paraissait magique
Chantait une chanson à vous glacer le sang
« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »

(« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »)

C’était Lilly-la-rousse dont la voix m’accueillait
J’entrais en essuyant la neige sous mes pieds
Je rejoignais celle qui chantait son couplet
Nous fîmes le saut Eskimo dans une danse endiablée

Le pas du caribou, le baiser de l’ours, et
Tandis que sur des peaux de Kodiak*, on dansait
Elle chantait son refrain à vous glacer le sang
« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »

Naïf que j’étais, alors que je dansais
J’ignorais qu’ le gros Ed était son fiancé
Il sortit son couteau, le lança vivement
Je serai six pieds sous terre quand viendra le printemps.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène) 

* Kodiak : Une espèce d'ours brun d'Alaska, mais aussi la ville de Kodiak, grande île du sud de l'Alaska. Ses tapis en peau de Kodiak sont célèbres. Les singularités ethnologiques des populations amérindiennes "Koniagas" sont tout aussi intéressantes.

lundi 24 mai 2010

Moonlight Serenade

I stand at your gate
And the song that I sing is of moonlight.
I stand and I wait
For the touch of your hand in the June night.
The roses are sighing a Moonlight Serenade.
[...]




Retour en 1939, lorsque parut cette chanson (et surtout cette mélodie) de Mitchell Parrish et Glenn Miller qui connut un succès considérable et devint la "signature musicale" de Glenn Miller. Les paroles n'ont pas l'originalité de la mélodie, et relèvent d'un romantisme somme toute assez banal. La version orchestrale de Glenn Miller serait sans doute restée seule dans les mémoires si Frank Sinatra ne lui avait prêté sa voix, et amplifié son succès.




Sérénade au Clair de Lune
Au seuil, je me tiens
Et je chante une chanson au clair de lune
J’attends que ta main
Vienne effleurer la mienne dans la nuit brune
Les roses soupirent une sérénade au clair de lune

Ce soir les lueurs
Des étoiles me rendent sentimental
Sais-tu, mon amour
Que tes yeux brillent plus que les étoiles ?
Je t’apporte et chante une sérénade au clair de lune.

Jusqu’au jour
Faisons un tour
Dans les rêves d’amour
L’intimité
D’un ciel d’été
La caresse exquise
D’une douce brise.

J’attends que tu veuilles
Me suivre tendrement dans la nuit brune
J’attends sur ton seuil
Et je chante ma chanson au clair de lune
Une chanson d’amour, sérénade au clair de lune

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

samedi 22 mai 2010

Seems So Long Ago, Nancy

It seems so long ago,
Nancy was alone,
Looking at the Late Late show
Through a semi-precious stone.
In the House of Honesty
Her father was on trial,
In the House of Mystery
There was no one at all,
There was no one at all.
[...]



Léonard Cohen tel qu'en lui même, avec cette chanson étrange et mystérieuse, où chacun peut entendre ou comprendre selon son propre vécu. L'auteur donne quelques repères, mais laisse l'auditeur libre de cheminer ensuite à son gré.
Parmi les indices, figure le "Late Late Show", émission de la télévision irlandaise, présentée en fin de soirée, et battant tous les records de longévité dans ce domaine. Elle a débuté en 1962, donc après que "Nancy" soit tombée amoureuse de ceux que Léonard Cohen appelle "nous" dans la chanson, et que l'on ne peut identifier.
Le pluriel reste indéfini : deux, trois, ou plus ? Peut-être seulement deux, le second étant celui auquel il s'adresse dans le dernier couplet ?

Le désespoir de Nancy est par contre bien palpable, et elle ne gardait probablement pas un "calibre 45" à côté de sa tête pour se défendre.
On peut dès lors imaginer une fille dépressive, égarée, méprisant son corps au point de le laisser prendre à tout le monde, et qui, ce soir là, ruminait des pensées suicidaires... jusqu'à la visite inopinée de Léonard Cohen et cet (ou ces) autre(s) - peut être simplement d'autres facettes de sa propre personnalité.
Cette visite l'aurait sauvée, bien que les visiteurs ne l'aient pas accompagnée dans "la Maison du Mystère": son lit ? ou les profondeurs les plus noires de son âme ?
Reste la question de son père, en procès, ou à l'épreuve, dans "la Maison d'Honnêteté". Je n'ai pas pu traduire fidèlement ce terme, mais j'y devine une nuance d'ironie, que j'ai tenté de restituer. La situation du père est-elle en rapport avec l'état de la fille ? On peut tout imaginer, mais il est probable que ce lien de causalité existe, et l'inceste pourrait expliquer l'ensemble du contexte.
Voilà une tentative d'interprétation, peut-être très éloignée de l'intention de l'auteur : lui seul sait !
Mais, comme souvent, les chansons de Léonard Cohen, sont pour moi des "auberges espagnoles", et je ne lui en fait pas grief, bien au contraire !



Il y a si longtemps, Nancy

Qu’elle est loin cette soirée,
Nancy était seule
Elle regardait la télé
Au travers d’une pierre d’opale.
Dans la Maison Justicière
Etait jugé son père.
Dans la Maison du Mystère,
Les lieux étaient déserts
Les lieux étaient déserts.

Qu’elle est loin cette soirée,
Nous n’étions pas forts.
Nancy, en bas diaprés,
A chacun offrait son corps
Sans dire qu’elle n’attendait que nous
Bien que seule, c’est certain
Qu’elle était amoureuse de nous
Depuis soixante-et-un
Depuis soixante-et-un.

Qu’elle est loin cette soirée,
Nancy était seule,
Un gros calibre sur l’oreiller,
Son téléphone au sol
Nous lui avons dit qu’elle était belle,
Et dit qu’elle était libre,
Mais nous n’irions pas à elle
Dans la Maison du Mystère
Dans la Maison du Mystère

Où que se tournent tes yeux
Tu la vois encore
Beaucoup peignent ses cheveux
Beaucoup prennent son corps
Au plus profond de la nuit
Quand le froid t’engourdit
Tu l’entends se dire, ingénue,
Heureuse de ta venue
Heureuse de ta venue.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

vendredi 21 mai 2010

Monday Morning

Early one mornin’ one mornin’ in spring
To hear the birds whistle the nightingales sing
I met a fair maiden who sweetly did sing
I’m going to be married next monday morning.
[...]




Voici, à nouveau, Peter, Paul, and Mary, évoquant, en termes bucoliques, l'opposition supposée mariage / liberté. La scène se passe, semble-t-il, quelques siècles en arrière, ou, tout au moins, à l'époque (peut-être pas si lointaine) où une jeune fille pouvait se marier dès l'âge de 16 ans.
L'amour qui semble animer la demoiselle peut sembler un peu "décalé" aujourd'hui, car, de nos jours, un mariage à cet âge, encore possible dans bon nombre de pays, est généralement un mariage dit "arrangé", c'est-à-dire imposé.

Cette modalité d'union est encore très fortement ancrée dans certaines cultures, et, à vrai dire, n'était pas exceptionnelle en France il y a encore quelques dizaines d'années.
Voilà au moins un aspect du passé dont je ne suis absolument pas nostalgique !


Mercredi Matin
 
Le printemps dernier, au petit matin
Parmi les rossignols chantant leur refrain
Je vis une jouvencelle chantant en chemin
Je vais me marier mercredi prochain

Quel âge as-tu, belle jouvencelle,
Dans ce beau jardin, ce si vert jardin ?
Quel âge as-tu, belle jouvencelle,
Je vais avoir seize ans mercredi matin

Seulement seize ans, c’est trop tôt pour se marier
Attends donc cinq ans, je peux te conseiller
Car le mariage apporte soucis et chagrins
Renonce à te marier mercredi prochain

Vous parlez comme un fou, homme sans expérience
Depuis deux ans j’attends, en grande impatience
Et si je peux faire à mon gré enfin
Alors, je me marierai mercredi prochain

Quand, mercredi prochain, on carillonnera,
Un bel anneau d’or, mon mari m’offrira
Et il m’achètera une robe en satin
Pour mettre à mon mariage, mercredi prochain.

Mercredi soir, quand j’irai au lit
Avec celui qui sera mon mari
Je l’enlacerai de mes deux bras câlins
Et j’aimerais tant être mercredi prochain.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


Encore désolé pour mes petites trahisons lors de la traduction de cette chanson. Je n'ai pas réussi à conserver la métrique et la rime tout en respectant le calendrier hebdomadaire. C'est ainsi que "Lundi matin" est devenu "Mercredi matin" - ce qui, vous en conviendrez, ne change pas grand chose au problème !

vendredi 14 mai 2010

Cruel War

The cruel war is raging; Johnny has to fight.
I want to be with him from morning till night.
I want to be with him, it grieves my heart so.
"Won't you let me go with you?" "No, my love no."
[...]



Chanson de Paul Stookey and Peter Yarrow, chantée par Peter, Paul, and Mary, mais aussi par Dolly Parton, apparemment sur une mélodie traditionnelle. Le thème est (malheureusement) on ne peut plus classique, et les siècles n'y changent rien. Cette chanson fait, en quelque sorte, écho à "Where are all the flowers gone?" de Pete Seegers, chantée aussi par Peter, Paul, and Mary.
Le rythme lent comme la respiration dans le sommeil, et les voix suaves du trio, donnent une impression de sérénité que démentent les paroles tout en soulignant la détermination farouche de la fiancée, prête à tout pour suivre celui qu'elle aime.


Cruelle Guerre

La guerre cruelle fait rage ; Johnny est conscrit
Je veux être avec lui le jour et la nuit
Je veux être avec lui, et je me morfonds
« Pourrais-je aller avec toi ? » - « Non, mon cœur, non »

C’est demain dimanche, et lundi, pour partir
Aux ordres du capitaine, tu dois obéir
Aux ordres du capitaine, et je me morfonds
« Pourrais-je aller avec toi ? » - « Non, mon cœur, non »

Mes ch’veux je nouerai, l’uniforme porterai
Et comme ton camarade, au pas marcherai
Et comme ton camarade, nul n’aura de soupçon
« Pourrais-je aller avec toi ? » - « Non, mon cœur, non »

Oh, Johnny, Oh, Johnny, tu es méchant, je crains
Car je t’aime beaucoup plus que tout l’genre humain
Car je t’aime beaucoup plus qu’aucun mot ne l’ait dit
« Pourrais-je aller avec toi ? » - « Oui, mon cœur, oui »

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

jeudi 13 mai 2010

Thirteen

Bad luck wind been blowing at my back
I was born to bring trouble to wherever I'm at
Got the number thirteen tattooed on my neck
When the ink starts to itch, then the black will turn to red

I was born in the soul of misery
Never had me a name
They just gave me the number when I was young
[...]




Chanson très noire, de Glenn Danzig, reprise par Johnny Cash.
Une atmosphère sombre et opaque, un mélange de désespoir et de résignation, toutes les raisons d'une révolte, et toutes les formes de l'auto-destruction...
Pas vraiment réjouissant, mais très efficace pour "plomber" l'ambiance !
Cette chanson illustre parfaitement la mélancolie - non pas le "spleen" des poètes, mais la mélancolie au sens nosologique de la psychopathologie, lorsque la noirceur envahit l'esprit et obscurcit le jugement. A divers degrés, nous avons tous ressenti, une fois ou l'autre, cette impression d'échec, de malheur inévitable, de destin funeste.
Dans ces sombres recoins de la pensée où nous pousse la douleur, nous ne voyons alors que nous-même, de si près que notre vue se brouille et que nous louchons sur nos tares et nos drames.
Notre vision dédoublée nous sépare de la réalité, nous éloigne de nos proches, et, de polyphrène (personnalité aux multiples facettes) nous devenons simplement schizophrène (autre psychopathologie, pas plus gaie), avec la conviction de n'être capable que de souffrir et faire souffrir : "The list of lives I've broken reach from here to hell" chante Glenn Danzig.
Faute d'avoir le regard des autres pour nous voir sous plusieurs angles, avec le recul nécessaire pour une vue d'ensemble, nous érigeons notre point de vue en description, et nous concluons, comme le dit la chanson, que nous ne sommes bon qu'à semer le trouble : "I was born to bring trouble to wherever I am".
Seul le sentiment de pouvoir aider, secourir, écouter, comprendre, aimer... les autres peut nous tirer de ce marasme. Pourrions-nous, voudrions-nous vivre si nous n'avions à nous soucier de personne ? Si nous avions le sentiment d'être inutile ? Si nul ne nous donnait jamais l'impression que nous lui apportons quelque chose ?

Une chanson en appelle une autre, et ce sont les mots de Francis Jammes, chantés par Georges Brassens, qui évoquent le sort du "malheureux dont les bras ne purent s'appuyer sur une amour humaine".

"Vivre sans tendresse, on ne le pourrait pas..." chantait Bourvil. 
Pourtant, la tendresse, c'est si peu de choses, au fond !



Treize

Au gré d’un vent de mauvais présage,
Né pour semer le trouble partout sur mon passage
J’ai dans mon cou le chiffre treize en tatouage
Il devient cramoisi lorsque l’encre démange.

Je suis né dans l’esprit de la misère
N’ai jamais eu de nom
On n’ m’a donné qu’un numéro quand j’étais jeune.

J’enchaîne chagrin sur chagrin et je persévère
Ma liste de vies brisées va jusqu’en enfer
Au gré d’un vent de mauvais présage,
Si nos regards se croisent, attention au carnage !

Je suis né dans l'esprit de la misère
N’ai jamais eu de nom
On n’ m’a donné qu’un numéro quand j’étais jeune.

Soit avec un curé, confessant mes péchés
Soit avec le démon, jouant mon âme aux dés
Et poussé par un vent de mauvais présage
Né pour semer le trouble partout sur mon passage*

Je suis né dans l’esprit de la misère
N’ai jamais eu de nom
On n’ m’a donné qu’un numéro quand j’étais jeune.
On n’ m’a donné qu’un numéro quand j’étais jeune.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


* Couplet généralement omis par Johnny Cash

samedi 8 mai 2010

No Milk Today

No milk today,
My love has gone away
The bottle stands forlorn,
A symbol of the dawn
No milk today, 

It seems a common sight
But people passing by
Don't know the reason why

How could they know just what this message means
The end of my hopes, the end of all my dreams 

How could they know the palace there had been
Behind the door where my love reigned as queen





Cette chanson écrite par Graham Gouldman et popularisée par les 'Herman's Hermits' est emblématique des années soixante. Le contraste entre le rythme enlevé et l'amertume des paroles est souligné par le ton dans lequel est jouée la mélodie, et ses décalages successifs. Un grand succès qui, plus de quarante ans plus tard, produit toujours (sur moi, tout au moins) le même effet magique.
L'effet "nostalgisant" est d'autant plus grand que, bien que contemporaine, cette chanson évoque des détails de la vie quotidienne qui ont depuis longtemps disparu, et avec eux une certaine qualité de vie, quoi qu'on en dise. Le fermier passait dans les rues tous les matins, et remplissait les pots-à-lait laissés sur le seuil de chaque porte d'un lait encore fumant, pour le "breakfast" matinal. Un petit écriteau permettait de signaler d'éventuels changements à cette routine, en cas d'absence, par exemple ("Pas de lait aujourd'hui - Merci"). C'était aussi l'époque où le rémouleur passait de temps à autre et proposait d'aiguiser les ciseaux, couteaux, et autres instruments tranchants. L'époque où les cardeurs proposaient de changer ou foisonner les rembourrage des matelas et coussins...
A ce propos, veuillez pardonner les quelques trahisons auxquelles j'ai dû me résoudre pour traduire cette chanson afin de respecter la rime, mais aussi le rythme, reposant sur des segments de phrases très courts. Ainsi, "No milk today" est devenu "Demain, pas de lait" car la langue française n'a pas la concision de l'anglais - c'est bien connu - mais elle a bien d'autres qualités !


Demain, Pas de Lait

Demain, pas de lait
L’amour s’est envolé
La bouteille isolée
Marque un jour désolé.
Demain, pas de lait
Mais quoi de plus banal ?
Le passant matinal
Ne peut y voir du mal.

Peut-il savoir
Ce que dit ce ce message ?
Que tous mes espoirs
Ne sont plus qu’un mirage !
Peut-il savoir
Que la porte de chêne
Cachait la gloire
Du palais de ma reine ?

Demain, pas de lait
Dans nos fêtes endiablées
L’ambiance était si gaie
Qu’ la nuit étincelait.

Il ne reste qu’une maison sombre et vide au toit
En terrasse au fond ‘une petite rue de village.
J’en fais une chapelle quand je ne pense qu’à toi,
Deux pièces par étage.

Demain, pas de lait
Dans nos fêtes endiablées
L’ambiance était si gaie
Qu’ la nuit étincelait.
Tant que jouait
La musique, on dansait ;
Et l’amour surgissait,
Notre idylle commençait.

Peut-il savoir
Ce que dit ce ce message ?
Que tous mes espoirs
Ne sont plus qu’un mirage !
Peut-il savoir
Que la porte de chêne
Cachait la gloire
Du palais de ma reine ?

Demain, pas de lait
L’amour s’est envolé
La bouteille isolée
Marque un jour désolé.

Il ne reste qu’une maison sombre et vide au toit
En terrasse au fond ‘une petite rue de village.
J’en fais une chapelle qunad je ne pense qu’à toi,
Deux pièces par étage.

Demain, pas de lait
L’amour s’est envolé
La bouteille isolée
Marque un jour désolé.
Demain, pas de lait
Mais quoi de plus banal ?
Le passant matinal
Ne peut y voir du mal.

Peut-il savoir
Ce que dit ce ce message ?
Que tous mes espoirs
Ne sont plus qu’un mirage !
Peut-il savoir
Que la porte de chêne
Cachait la gloire
Du palais de ma reine ?

Demain, pas de lait
Dans nos fêtes endiablées
L’ambiance était si gaie
Qu’ la nuit étincelait.

Il ne reste qu’une maison sombre et vide au toit
En terrasse au fond ‘une petite rue de village.
Il ne reste qu’une maison sombre et vide au toit
En terrasse au fond ‘une petite rue de village.
Il ne reste qu’une maison sombre et vide au toit
En terrasse au fond ‘une petite rue de village.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

samedi 1 mai 2010

The Captain

Now the Captain called me to his bed
He fumbled for my hand
"Take these silver bars," he said
"I'm giving you command."
"Command of what, there's no one here
There's only you and me
All the rest are dead or in retreat
Or with the enemy."







Grande est ma honte de présenter ma traduction de cette chanson de Léonard Cohen, alors que je découvre, au moment d'indiquer le lien vers le texte anglais, l'adaptation qu'en a faite Graeme Allwright. Je ne peux en aucune façon prétendre rivaliser avec sa créativité artistique et son sens poétique. Néanmoins, ce qui est fait est fait, et ma traduction, faute d'avoir la force et l'âme de cette de Graeme Allwright, se veut aussi littérale que possible (ce qui est beaucoup dire quand il s'agit d'un texte de Léonard Cohen, tant il est difficile de restituer tout ce que l'auteur a pu vouloir exprimer dans le choix des mots).
Il s'agit ici d'un texte sombre et désabusé, où la métaphore guerrière met en exergue l'absurdité des combats que mènent les hommes entre eux quand ils devraient unir leurs forces pour affronter ce que la nature leur oppose, leur offre, ou leur prend.




Le Capitaine

Le cap’taine m’appelle à son chevet,
Tend la main faiblement,
 « Prends ces galons, dit-il, j’ vais
Te céder l’ command’ment. »
« Command’ment d’ quoi ? Il n’y a ici
Que vous et moi ; ceux qui
Ne sont pas morts ou se sont enfuis
Sont avec l’ennemi ! »

« Te plaindre, c’est ton obsession,
Depuis notre défaite.
Si c’ n’est pas la crucifixion,
Alors c’est l’holocauste ! »
« Que Dieu vous pardonne d’oser
Pour rire, blasphémer
Parmi ces cœurs carbonisés,
Ces chairs qui partent en fumée »

« Je sais que tu as souffert, mon gars,
Pourtant, je dois te dire :
Tout c’ qui fait pleurer un soldat,
Un tueur, ça l’ fait rire. »
« Capitaine, je dois m’en aller ;
Il y a du sang sur vos mains.
Connaissez-vous, pour m’installer,
Mon capitaine, un bon coin ? »

« Il n’ peut pas y avoir de bon coin
Au cœur d’une tuerie,
Mais si une femme prend ta main,
Va, et sois son mari. »
« Je laisse une femme au Tennessee,
Une poupée à Saïgon.
Mais je n’ai pas risqué ma vie
Pour entendre cette chanson »

« Si tu n’ peux élever ton amour
Beaucoup plus haut que toi,
Tu es l’homme que je cherche depuis toujours ;
Viens combattre avec moi. »
« Vous n’êtes plus un combattant ;
Vous n’ me recruterez pas.
Je n’ sais pas même dans quel camp
Ni pourquoi on combat ! »

« Je suis du côté du perdant,
Contre le côté du Ciel,
Du côté des yeux-de-serpent*
Lancés contre le naturel ;
Et, les Droits de l’Homme, je les ai lus :
Il y a du vrai, mais
Il n’y avait rien à faire de plus,
Donc, à toi je m’en remets. »

Pour le capitaine, c’était la fin
Mais il n’était pas troublé.
Les galons étaient dans ma main,
Je m’ les suis épinglés.



(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


* Les termes "yeux-de-serpent", "ciel", "naturel" se réfèrent aux différentes combinaisons de dés que l'on peut obtenir en jouant au "Craps". Je ne connais personnellement rien aux jeux, mais c'est l'occasion de m'instruire... Merci qui ? Merci Wiki  !