"You are always on my mind!"

dimanche 30 mai 2010

Story of Isaac

Story of Isaac

The door it opened slowly,
My father he came in,
I was nine years old.
And he stood so tall above me,
His blue eyes they were shining
And his voice was very cold.
He said, "I've had a vision
And you know I'm strong and holy,
I must do what I've been told."
So he started up the mountain,
I was running, he was walking,
And his axe was made of gold.
[...]




Une œuvre "fondamentale" de Léonard Cohen, évoquant l'un des passages les plus troublants et les plus forts de la bible, lorsque Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils Isaac. Bien que les exégètes en débatent encore, nombreux sont ceux qui considèrent que de tels sacrifices rituels étant courants à cette époque, l'intervention ultime de Dieu pour prévenir (interdire) ce sacrifice signifiait sa volonté de mettre fin, à jamais, à de telles horreurs. C'est, semble-t-il, l'interprétation qui prévaut dans le texte de Léonard Cohen, dont le récit est placé dans la bouche la la victime désignée, avec un réalisme frappant (jusqu'aux tournures de phrase enfantines).
Mais, encore une fois, Léonard Cohen ne s'en tient pas là. Alors que d'autres soulignent cet épisode comme marquant la sortie de l'obscurantisme et de ses rites monstrueux, Léonard Cohen "relativise" tout cela et suggère que les prétendues volontés divines ne sont souvent que le déguisement de dessins humains intéressés, et que les circonstances peuvent faire de nous, tout aussi bien, un héros ou un assassin.
Bien évidemment, cela est simplement suggéré, et, comme toujours, les textes de Léonard Cohen laissent, dans une ombre de mystère, une grande lattitude d'interprétation.


L’Histoire d’Isaac

La porte, lentement, s’ouvrit
Mon père entrer, je vis
J’étais si petit
A neuf ans seulement face à lui
Et son regard bleu durcit
Quand d’un ton froid, il dit
« J’ai eu une vision, et si
Tu me connais fort et béni
Je dois faire ce qu’on m’a dit »
Alors, la montagne, il gravit,
Lui marchant, moi courant, et puis
Sa hache d’or il avait pris.

Bientôt disparurent les sapins
L’eau du lac comme un miroir,
Une pause pour boire du vin
La bouteille qu’il jeta au loin
Cassa une minute plus tard
Il mit sa main sur mon poing
Un aigle dans le ciel
Tournait, ou était-ce un vautour ?
Je ne suis sûr de rien
Mon père construisit un autel
Ne se retournant qu’une fois pour
Voir que je ne fuirais point.

Vous et vos autels sanglants
Pour immoler ces enfants,
Ne faites plus cela maintenant
Une vision n’est pas un plan
Et rien ne fut pour vous tentant
Ni de Dieu ni de Satan
Vous qui, sur eux, élevez
Vos hachettes ensanglantées
Aucun de vous n’était
Là quand sur un mont je gisais
Et la main de mon père tremblait
Pour le mot et sa beauté

Et si tu m’appelles « mon frère »
Pardonne-moi si je m’enquiers
Selon quel plan tu opères.
Quand tout retombe en poussière
Je te tuerai si je dois
Je t’aiderai si je peux
Quant tout retombe en poussière
Je t’aiderai si je dois
Je te tuerai si je peux
Et l’uniforme n’importe guère
D’homme de paix ou d’homme de guerre
Le paon fait la roue, fier.




(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

samedi 29 mai 2010

Springtime in Alaska

Springtime in Alaska

Mushed from Point Barrow thru a blizzard of snow
Been out prospectin' for two years or so
Pulled into Fairbanks the city was a boom
So I took a little stroll to the Reddog Saloon.

As I walked in the door the music was clear
The purtiest voice I had heard in two years
The song she was singin' made a man's blood run cold
When It's Springtime In Alaska, it's forty below.

[...]



Cette chanson de Tillman Franks et Johnny Horton, qui figure aussi au répertoire de Johnny Cash, est très "visuelle". La description du chercheur d'or qui rentre, hirsute, après deux ans d'errance dans le grand Nord, est très évocatrice. On imagine aisément l'ambiance du "saloon" et la belle Eskimo à la voix claire et pure, et la danse tout autour de la salle enfumée.
En outre, cette chanson cite deux points remarquables :
Point-Barrow est la ville la plus au Nord de tout les Etats-Unis, à 515 km au Nord du cercle arctique.
La température de -40° est celle à laquelle les deux échelles (Celsius et Fahrenheit) coïncident (-40°C = -40°F). Ceci dit, la chanson comporte une petite exagération, car la température moyenne en avril est de l’ordre de –22°C (seulement). Néanmoins, avec le « facteur vent », cela reste réaliste.
Les villes d’Alaska comme Fairbanks ont connu une vague d’expansion à la suite de la découverte de gisements d’or, qui ont attiré les prospecteurs et aventuriers comme le héros de la chanson. Aujourd’hui, c’est l’or noir qui constitue la principale richesse.
Il reste encore un « Saloon du Chien-Rouge » (Red-Dog Saloon), non pas à Fairbanks, mais à Juneau, avec un décor parfaitement préservé.


Alaska au Printemps

Rentrant de Point Barrow dans la neige et le vent
Où j’avais prospecté durant près de deux ans
J’arrivais à Fairbanks ; la ville n’était qu’un bouge
Alors je m’aventurais jusqu’au bar du Chien-Rouge

En franchissant le seuil, avec la musique
Une voix si pure qu’elle paraissait magique
Chantait une chanson à vous glacer le sang
« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »

(« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »)

C’était Lilly-la-rousse dont la voix m’accueillait
J’entrais en essuyant la neige sous mes pieds
Je rejoignais celle qui chantait son couplet
Nous fîmes le saut Eskimo dans une danse endiablée

Le pas du caribou, le baiser de l’ours, et
Tandis que sur des peaux de Kodiak*, on dansait
Elle chantait son refrain à vous glacer le sang
« A moins quarante en Alaska, c’est un beau printemps »

Naïf que j’étais, alors que je dansais
J’ignorais qu’ le gros Ed était son fiancé
Il sortit son couteau, le lança vivement
Je serai six pieds sous terre quand viendra le printemps.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène) 

* Kodiak : Une espèce d'ours brun d'Alaska, mais aussi la ville de Kodiak, grande île du sud de l'Alaska. Ses tapis en peau de Kodiak sont célèbres. Les singularités ethnologiques des populations amérindiennes "Koniagas" sont tout aussi intéressantes.

lundi 24 mai 2010

Moonlight Serenade

I stand at your gate
And the song that I sing is of moonlight.
I stand and I wait
For the touch of your hand in the June night.
The roses are sighing a Moonlight Serenade.
[...]




Retour en 1939, lorsque parut cette chanson (et surtout cette mélodie) de Mitchell Parrish et Glenn Miller qui connut un succès considérable et devint la "signature musicale" de Glenn Miller. Les paroles n'ont pas l'originalité de la mélodie, et relèvent d'un romantisme somme toute assez banal. La version orchestrale de Glenn Miller serait sans doute restée seule dans les mémoires si Frank Sinatra ne lui avait prêté sa voix, et amplifié son succès.




Sérénade au Clair de Lune
Au seuil, je me tiens
Et je chante une chanson au clair de lune
J’attends que ta main
Vienne effleurer la mienne dans la nuit brune
Les roses soupirent une sérénade au clair de lune

Ce soir les lueurs
Des étoiles me rendent sentimental
Sais-tu, mon amour
Que tes yeux brillent plus que les étoiles ?
Je t’apporte et chante une sérénade au clair de lune.

Jusqu’au jour
Faisons un tour
Dans les rêves d’amour
L’intimité
D’un ciel d’été
La caresse exquise
D’une douce brise.

J’attends que tu veuilles
Me suivre tendrement dans la nuit brune
J’attends sur ton seuil
Et je chante ma chanson au clair de lune
Une chanson d’amour, sérénade au clair de lune

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)

samedi 22 mai 2010

Seems So Long Ago, Nancy






Léonard Cohen tel qu'en lui-même, avec cette chanson étrange et mystérieuse, où chacun peut entendre ou comprendre selon son propre vécu. L'auteur donne quelques repères, mais laisse l'auditeur libre de cheminer ensuite à son gré.
Parmi les indices, figure le "Late Late Show", émission de la télévision irlandaise, présentée en fin de soirée, et battant tous les records de longévité dans ce domaine. Elle a débuté en 1962, donc après que "Nancy" soit tombée amoureuse de ceux que Léonard Cohen appelle "nous" dans la chanson, et que l'on ne peut identifier.
Le pluriel reste indéfini : deux, trois, ou plus ? Peut-être seulement deux, le second étant celui auquel il s'adresse dans le dernier couplet ?

Le désespoir de Nancy est par contre bien palpable, et elle ne gardait probablement pas un "calibre 45" à côté de sa tête pour se défendre.
On peut dès lors imaginer une fille dépressive, égarée, méprisant son corps au point de le laisser prendre à tout le monde, et qui, ce soir-là, ruminait des pensées suicidaires... jusqu'à la visite inopinée de Léonard Cohen et cet (ou ces) autre(s) - peut être simplement d'autres facettes de sa propre personnalité.
Cette visite l'aurait sauvée, bien que les visiteurs ne l'aient pas accompagnée dans "la Maison du Mystère": son lit ? ou les profondeurs les plus noires de son âme ?
Reste la question de son père, en procès, ou à l'épreuve, dans "la Maison d'Honnêteté". Je n'ai pas pu traduire fidèlement ce terme, mais j'y devine une nuance d'ironie, que j'ai tenté de restituer. La situation du père est-elle en rapport avec l'état de la fille ? On peut tout imaginer, mais il est probable que ce lien de causalité existe.
Léonard Cohen suggère qu'elle a attendu en vain les quelques mots d'empathie et de soutien qui lui aurait permis de survivre...

Il y a si longtemps, Nancy

Qu’elle est loin cette soirée,
Nancy était bien seule
Elle regardait la télé
Comme dans une pierre d’opale.
Dans la maison judiciaire
Était jugé son père
Dans la Maison du Mystère,
Les lieux étaient déserts
Les lieux étaient déserts.

Qu’elle est loin cette soirée,
Nous n’étions pas bien forts.
Nancy, en bas diaprés,
A chacun offrait son corps
Sans dire qu’elle n’attendait que nous
Bien que seule, c’est certain
Qu’elle était amoureuse de nous
Depuis soixante-et-un
Depuis soixante-et-un.

Qu’elle est loin cette soirée,
Nancy était bien seule,
Un gros calibre sur l’oreiller,
Son téléphone au sol
Nous lui disions qu’elle était belle,
Aussi qu’elle était libre,
Mais que nous n’irions pas à elle
Dans la Maison du Mystère
Dans la Maison du Mystère

Où que tu tournes les yeux
Tu la revois encore
Certains peignent ses cheveux
D’autres prennent son corps
Au plus profond de la nuit
Quand le froid t’engourdit
Tu l’entends se dire, ingénue,
Heureuse de ta venue
Heureuse de ta venue.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)