"You are always on my mind!"

mardi 24 décembre 2013

Powdered Ground





 










Quand la mémoire se couvre des sédiments du temps,
Quand un manteau étouffe le bruit des sentiments,
Quand le froid s’insinue et fige la pensée,
Quand le présent hésite : ou futur, ou passé ?
Tout ce qui nous est cher disparaît peu à peu
Et demain, doucement, s'estompe à nos yeux,
Mais, parfois, la tempête vient dégager les cieux,
Les flocons sont chassés par un vent vigoureux
Et le sol apparaît, tourmenté, torturé.
Les souvenirs perdus mais si bien conservés
Resurgissent alors, révélant les pensées
Que l’on aurait pu croire enfouies à jamais
Progressant prudemment sur cet étroit sentier
L’âme chemine alors, cherchant la vérité
Sous chacun des cailloux que la douleur désigne
Comme les souvenirs qui sont autant de signes
De malheurs oubliés, souffrances évitées
De bonheurs négligés, remords ou regrets
De ce qui, désormais, est à jamais perdu
Qu’on aurait voulu vivre, et qu’on n’a pas vécu.
Mais, parfois, le sentier nous amène en des lieux
Inconnus, surprenants, où brûle encore le feu
Qui ranime notre âme et ravive l’amour
Et la force et l’envie de vivre chaque jour
Riche de nos erreurs, et maître de nos peurs
Fidèle à notre cœur, pour suivre le bonheur.

Sur cet étroit chemin, Agnes Obel, par cette douce et étrange chanson, nous guide et nous appelle à marcher prudemment.
ALN


Sur La Poudreuse

Futur et passé, tout, comme la neige, fond
Nous reprenant tout ce que nous ignorions
Sur c(e) qui nous est cher, tombent de fins flocons
Nous refoulant vers où ? Jamais ne le saurons

Brise pas tes reins en chemin
Brise pas tes reins en chemin
Brise pas tes reins en chemin
Brise pas tes reins en chemin

Je laisserai ce blizzard chasser les flocons
De ces lieux inexplorés qu’ils découvriront

Brise pas tes reins en chemin
Brise pas tes reins en chemin


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

Kathleen








Cette chanson de Townes Van Zandt pourrait passer pour une belle et délicate chanson d’amour, celle d’un amant que seule la distance sépare de celle qu’il aime, et qui voudrait la rejoindre par delà les monts et les mers. Certains y trouvent cependant plus que la simple morosité de l’absence, et pensent ce qui sépare les amants n’est pas seulement la distance, mais pourrait être fait de tout ce qui peut entraver l’amour : les habitudes, les addictions, les conventions, les remords ou les ressentiments, les préjugés et les traditions, les liens que nouent les biens matériels, la peur de souffrir ou de faire souffrir, le poids du temps passé… ou la mort.
La vie passionnée et tourmentée de Townes Van Zandt confère une légitimité aux interprétations les plus diverses, qui ne s’excluent pas mutuellement. Il offre sa vision poétique à ceux qui l’écoutent et vibrent en résonnance aux mots de sa souffrance. La douleur qu’il réveille ainsi est vive comme l’espoir.
ALN


Kathleen

Le soleil, c’est sûr, ne va pas briller
D’ailleurs, je n’ suis pas d’humeur ensoleillée
Que la douleur s’arrête
Ou je perdrai la tête
Ou alors je descendrai voir Kathleen

De ses rêves me parle une hirondelle
« Que signifient-ils ? », se demande-t-elle
Je me sens mourir quand
Elle s’envole dans le vent
Du nord, à tire d’aile, pour voir Kathleen

Les étoiles brillent ; l’océan rugit
A sa porte, la lune me conduit
Sur le sable cristallin
Les vagues me prennent par la main
Je verrai bientôt ma douce Kathleen


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

lundi 23 décembre 2013

Long Nights









Chanson de Eddie Vedder pour le film “Into the Wild”, “Long Nights” exprime le besoin de partir, dans la solitude et l’obscurité de la nuit, à la recherche de son âme, pour « reprendre contact », redescendre sur terre, et s’en trouver ensuite plus sûr, plus vrai, plus fort.
S’extraire un instant du tourbillon de la vie, prendre le temps de s’adapter à l’obscurité pour mieux scruter les zones d’ombres, arpenter les sous-bois de l’âme, retrouver les traces de nos précédents errements, reconnaître les vestiges de nos rêves, revoir les empreintes de nos blessures, et retrouver les marques du passé qui jalonnent l’avenir…
A la faveur des longues nuits, revenir vers soi pour retrouver le sens de la vie et la force de le suivre.
ALN


Nuits Sans Fin

Ne crains rien
Car quand je serai
Tout seul j’irai bien
Mieux que je ne vais

J’ai cette vie
Pour errer et grandir
Qui j’étais jadis
N’est qu’un souvenir

Les nuits sans fin
Je sens que je retombe
Que je retombe
Quand tout s’éteint
Doucement, je retombe
Sur la terre enfin

Je prends l’esprit
Qui est en moi pour
En faire un ami
Nouveau pour toujours

J’ai cette vie
Que je vivrai pour
Montrer que je suis
Meilleur chaque jour

Les nuits sans fin
Je sens que je retombe
Que je retombe
Quand tout s’éteint
Doucement, je retombe
Sur la terre enfin

(Traduction – Adaptation : Polyphrène, sur une suggestion et avec la collaboration de Céline Coppin)


dimanche 1 décembre 2013

Our Mother the Mountain
















Le cauchemar que raconte ici Townes Van Zandt est inspiré de la légende de la Loreley*, elle même reprenant le mythe des sirènes, responsables de la perte de tant de marins séduits par leur chant au point de mésestimer les dangers de la navigation et de faire naufrage. Cette chanson se prête à des interprétations très diverses, selon lesquelles une femme incarne la tentation, qu’elle soit celle de la féminité (et cela renvoie à Eve et la pomme) ou celle des « paradis artificiels » (illustrant, encore, les mythes fondateurs).
Fables, mythes, ou croyances transmettent le même message : la femme, tentatrice, est un danger et l’homme est sa victime !
Mais qui donc assigne à la femme ce rôle ? Qui lui assigne une position sociale subalterne ? Qui ne valorise que sa beauté physique ? Qui veut la cantonner dans la tenue du ménage, laissant aux hommes « les affaires sérieuses » ? Qui oppose, dans des archétypes de caricature, le garçon et la fille ? Qui la prive et se prive de la liberté d’être soi-même ?
Si la culture s’enracine dans les mythes obscurs, la civilisation doit chercher la lumière au soleil de la connaissance, en se libérant des entraves de la tradition.
Si la nature est responsable de différences anatomiques et physiologiques entre hommes et femmes, et si ces différences ont joué un rôle dans la capacité d’adaptation qui a permis à l’espèce humaine de prospérer, cette même capacité doit lui permettre aujourd’hui d’évoluer et de ne plus réduire les genres à leurs différences, pour extraire enfin l’amour du carcan des idées reçues.

* Ce qui explique le refrain, "A lure, a lie" (un leurre, un mensonge), qui s'entend presque "Lorelei", et que je n'ai pu traduire en respectant aussi bien la consonance.

ALN



Notre Mère La Montagne

Mon amante s’avance, une rose sur le cœur
Sur ses cheveux danse une lune empourprée
Elle se tient sous ma fenêtre comme une dame d’honneur
Le soleil va bientôt éclairer faux et vrai

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »

Elle me dit qu’elle descend de ma mère la montagne
Sa peau est ajustée, ses lèvres disent vrai
En silence, elle sort de sa gorge un médaillon
Et le tourne pour me le faire voir de près

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »

Je l’observe, et je l’aime ; je voudrais la toucher
Son habit de soie est bleu chatoyant
Dehors, ses dames de compagnie sont couchées
Mes chiens de chasse ont cessé leurs aboiements

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »

Je veux prendre sa main, mais ses yeux tournent en venin
Ses cheveux en échardes, et sa chair en saumure
Bondissant vers la fenêtre, elle crie soudain
Que mon ainé sera aveugle, c’est sûr

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »

Elle se jette dans les ténèbres de la nuit
De ses lèvres ouvertes aucun son ne parvient
Dévalant l’escalier, au jardin, je la poursuis
Mais, de mon bel amour, il ne reste rien

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »

Passez vite, et prenez garde à qui vous séduit
Par ma mère la montagne, je jure que c’est vrai
N’aimez pas une femme aux cheveux noirs de nuit
Dans sa robe de satin bleu sombre et mordoré

Sur l’air de « Un leurre à l’œil, Oh »



Traduction – Adaptation : Polyphrène