"You are always on my mind!"

dimanche 27 octobre 2019

Happens to the Heart










































































La voix de Leonard Cohen n’a pas fini de résonner. Après ses mémoires (‘Can’t forget’) et ses adieux (‘You want it darker’), il nous offre aujourd’hui des confessions d’outre-tombe à l’annonce de la prochaine sortie de son album posthume (‘Thanks for the dance’). Dans ce nouveau texte, dit sur un fond musical très discret, et présenté le long d’un ‘clip-vidéo’ étrange et fascinant, Leonard résume sa vie par les déboires et souffrances du cœur. Comme à son habitude, il prend parfois ses distances à l’égard de lui-même et se décrit, presque comme un étranger, simple sujet d’observation. Sans chercher à s’exonérer ni a se disculper, il évoque sa (ou ses) faiblesse(s), ses espoirs, son idéal, mais aussi les vicissitudes auxquelles il n’a pu échapper : ce n’est pas le destin, ce n’est pas une fatalité, mais les hommes sont ainsi faits qu’ils ne peuvent échapper à leur nature… et ses conséquences. Ils peuvent néanmoins rêver, et ne s’en privent pas, mais sont rarement les héros qu’ils voudraient être car la vie n’est pas une pièce de théâtre que l’on répète. Chaque échec, chaque faute laisse ses traces et c’est un cœur meurtri (« qui a su faire souffrir autant qu’il a souffert ») qui parvient au bout du chemin. Pas de leçon, pas de morale, nous dit-il, juste le sentiment d’avoir souffert, donc vécu… et d’avoir fait briller une petite étincelle…

A Hélène




Advient au Cœur



Je travaillais correctement

Sans prétendre faire de l’art

Je finançais ma dépression

Suivant Jésus, lisant Marx

C’est vrai, ma flamme a fait long feu

Mais elle brille, la p’tite lueur

Va dire au jeune messie

Ce qu’il advient au cœur



Je me suis mis en double file

Dans la brume des baisers d’été

La concurrence était rude

Et les femmes décidaient

Ce n’était rien, que du commerce

Mais ça souillait de laideur

Alors, je suis venu revoir

Ce qu’il advient au cœur



Je vendais des babioles sacrées

Je m’habillais plutôt bien

Avais une chatte à la cuisine

Et une panthère au jardin

Dans la prison des mieux dotés

J’étais le pote du gardien

Je n’ai donc pas eu à voir

Ce qu’il advient au cœur



J’aurais dû le voir venir

Comme si je l’avais écrit

Il suffisait d’ la regarder

Et les ennuis commençaient

Nous jouions le couple très bien

Mais j’avais c’ rôle en horreur

C’est pas bien beau, c’est pas très fin

Ce qu’il advient au cœur



Maint’nant, le violon est à l’ange

Et l’harmonica au Malin

Chaque âme est comme un alevin

Et chaque esprit comme un requin

J’ai ouvert toutes les fenêtres

Mais la maison reste obscure

Dis juste « Pouce » et c’est tout simple

Ce qu’il advient au cœur



Je travaillais correctement

Sans prétendre faire de l’art

Les esclaves déjà présents

Les chanteurs enchaînés, brûlés

La justice a bandé son arc

Les blessés march’ront tout à l’heure

J’ai perdu la défense de

Ce qu’il advient au cœur



J’ai étudié avec ce gueux

Aussi crasseux qu’estropié

Par les griffes de tant de femmes

Qu’il n’avait pas su dédaigner

Ni fable, ni morale ici

Ni chant d’alouette, d’ailleurs

Juste un pauvre gueux qui bénit

Ce qu’il advient au cœur



Je travaillais correctement

Sans prétendre faire de l’art

Je n’ pouvais rien porter d’ pesant

Presque perdu ma licence

Avec le fusil de mon père

J’étais assez fort

On s’battait pour un but suprême

Pas le droit d’être en désaccord



C’est vrai, ma flamme a fait long feu

Mais elle brille, la p’tite lueur

Va dire au jeune messie

Ce qu’il advient au cœur



(Traduction - Adaptation : Polyphrène)