"You are always on my mind!"

dimanche 25 janvier 2015

Stories Of The Street

The stories of the street are mine, the Spanish voices laugh.









Entre méditation et rêve éveillé, Léonard Cohen penché, au soir, à la fenêtre d’un vieil hôtel, observe, pensif, le lent manège des voitures de luxe dans lesquelles les bourgeois font monter leurs femmes d’un soir, prostituées ou « Escort-girls ». Une cigarette (qui tue à petit feu) entre les lèvres, tandis que son regard suit les gracieuses courbes de ces corps féminins à demi-dévoilés, il songe aux rumeurs de cette guerre froide qui n’attend qu’une étincelle pour se réchauffer, et s’interroge sur les vociférations guerrières des démagogues paranoïaques supposés représenter le peuple…
A cette époque où hédonisme devient synonyme d’égoïsme, où luxe et luxure anesthésient les consciences, où, comme jadis les jeux du cirque, la télécécité détourne l’attention des vrais problèmes, le bon peuple se réfugie dans ses rêves pour ne pas voir la vacuité de sa vie.
Reviennent alors les clichés des vieux films de Western, où le cowboy aventurier rêve de se retirer de ce monde violent pour vivre avec sa bien-aimée la saine et simple vie d’un paysan, près de la nature et près du ciel… alors que l’on ne sait que trop bien, même si l’on a pas vu la fin du film, que le destin en décidera autrement !
C’est alors que, comme (presque) toujours dans la pensée poétique de Léonard Cohen, spiritualité et érotisme s’enlacent et s’emmêlent, l’étoile de David guide ses mains sur le chemin du désir, et les grandes questions existentielles – le sens de l’existence, l’inanité de l’humanité – ramènent à la recherche de l’amour, seule vérité de l’être.
A Hélène 




Histoires de la Rue

Les histoires de la rue sont miennes, rient les voix hispaniques
Voici les Cadillacs qui glissent dans la nuit et les gaz toxiques
Et je me penche à la fenêtre de l’hôtel ou je me repose
Oui, une main sur mon suicide, une main sur la rose

C’est fait : la guerre est inéluctable ; vous savez ce qu’on dit
Les villes sont coupées en deux, et les médiateurs partis
Mais, je vous le demande encore, enfants du crépuscule
Tous ces chasseurs qui crient et qui braillent, est-ce pour nous qu’ils hurlent ?

Où vont ces routes, maintenant que nous sommes libérés ?
Pourquoi marchent encore ces armées qui, pour moi, étaient rentrées ?
Oh, madame aux si belles jambes, étranger au volant
Vous êtes enfermés dans vos souffrances, vos plaisirs vous scellant

L’ère de luxure accouche, et les parents pressent l’infirmière
De raconter des contes de fées, des deux côtés du verre
On tire l’enfant par le cordon, tout comme un cerf-volant
Et un œil empli de nuit, un œil plein de plans

Viens, petite, nous allons trouver cette métairie
Faire pousser de l’herbe et des pommiers, mettre le bétail à l’abri
Et si je m’éveille la nuit et te demande mon nom
Emmène-moi à l’abattoir ; j’attendrai comme les moutons

Avec une main sur l’hexagramme, une main sur la fille
Au bord du puits aux vœux que tous appellent monde, j’oscille
Si petits devant les étoiles, nous sommes grands face aux cieux
Perdu dans la foule du métro, je tente d’attirer tes yeux

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 24 janvier 2015

Gold Digger













« Tell’Em I’m Gone », le dernier album de Cat Stevens / Yusuf prend les couleurs du Blues afin de célébrer la lutte pour la liberté. La chanson « Gold Digger », écrite par Yusuf lui-même, semble sortie tout droit des années sombres de l’exploitation et du semi-esclavage, lorsque le « patron » avait tous les droits. Il évoque la vie misérables des mineurs en Afrique du Sud, à l’époque de l’apartheid, mais aussi de la naissance du syndicalisme. Cette chanson aurait donc pu être écrite il y a plus de 60 ans par l’un de ceux qui sortirent de l’esclavage pour entrer dans le prolétariat sans cesser d’être exploités et humiliés. Aujourd’hui, la forme a changé, mais les problèmes de fond sont toujours là : les richesses sont de plus en plus concentrées, accaparées par 1% de la population, et les écarts ne cessent de s’accroître entre les plus riches, qui s’emparent du pouvoir, et les plus pauvres, de plus en plus nombreux et miséreux… tandis que les religions sont instrumentalisées pour servir les obscurs desseins des puissants.
Les sources du Blues ne sont pas prêtes de se tarir !
ALN



Mineur d’Or

Hé, Monsieur l’Homme d’Or !
Où est ma paie ?
Hein, Monsieur l’Homme d’Or
C’en est assez
Monsieur ! Entends-tu mes enfants pleurer ?

Quand, à Pretoria, cherchant un job, en quarante-six
Un homme avec un bras cassé m’a dit :
« Fais comme nous, garçon,
Monte dans le camion »

Hé, Monsieur l’Homme d’Or
Je suis à vendre
Hé, Monsieur l’Homme d’Or
Ne me laisse pas là
Hé, Monsieur l’Homme d’Or
N’entends-tu pas mon estomac ?

Hé, tu es mineur d’or ?
Ici, il y a du boulot pour toi
C’est mal payé
Mais on survit avec ça

Nous avons suivi le chemin
Atteint la mine, enfin
Ce n’était que crasse et poussière
Hé, ça n’ faisait rien !
J’ai du boulot, c’est bien !

Hé, Monsieur l’Homme d’Or !
Où est ma paie ?
Oh, Monsieur l’Homme d’Or
D’attendre, on est lassés
Oh, Monsieur l’Homme d’Or
Ne vois-tu pas qu’ je vais crever ?

Me voilà mineur d’or
Vingt-deux pences la journée
Et pas de prime

Puis, un ami m’a dit « On file
Il se passe des choses en ville
Rejoins-nous au syndicat
Aujourd’hui, on ne descend pas,
On va défendre nos droits »

Hé, Monsieur l’Homme d’Or !
Où est ma paie ?
Oh, Monsieur l’Homme d’Or
Le jour est arrivé
Oh, Monsieur l’Homme d’Or
N’entends-tu pas l’orage gronder ?

Hé, Monsieur l’Homme d’Or
Lâche nos chaînes
Oui, Monsieur l’Homme d’Or
Car tout va changer
Pars, Monsieur l’Homme d’Or
Car c’est notre pays désormais

Il vaudrait mieux de t’en aller
Monsieur l’Homme d’Or


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)