"You are always on my mind!"

samedi 30 mars 2013

Changes









Le temps passe inexorablement et ne revient jamais en arrière, mais la terre tourne, le soleil se couche, puis se lève, les saisons reviennent, et le cycle de la vie et de la mort se répète inlassablement.
Le changement est l’essence de la vie : nous devons donc l’admettre, et accepter de participer au cycle, dont nous ne vivons malheureusement qu’un tour.
Cette chanson de Phil Ochs (qui fut aussi chantée, somptueusement, par Gordon Lightfoot) est particulièrement émouvante par le courage serein de cet adieu. Bien sûr, l’auditeur peut en rester à une interprétation étroite, évoquant la fin d’une relation, dans l’esprit des « saisons du cœur » que chante John Denver. Néanmoins, j’aime à penser qu’une aussi belle chanson aspire à l’universel et l’intemporel, et qu’elle recouvre toutes les situations de séparation : celle de l’enfant qui quitte le foyer familial comme celle des amis que la vie entraîne sur des chemins différents, celle des migrants qui doivent fuir leur pays comme celle du malade qui sent la fin arriver.
A ceux qui restent, tous expriment le plus pur et parfait amour : celui qui console et rassure, celui qui demeure après le départ comme une flamme qui ne s’éteint pas, celui qui exhorte au bonheur « malgré tout ».
Je pense alors à elle, dont nous aurions fêté l’anniversaire il y a quelques jours, et qui écrivait, dans l’un de ses derniers messages avant le grand départ :
« Je veux que la vie soit légère pour vous tous, vous savoir joyeux et profitant des belles choses, même les plus infimes. »
Et nos larmes, comme une essence précieuse, ravivent la flamme de son amour.



Changements

Assied-toi là ; viens aussi près que l’air
Voir un souvenir en gris
Viens flâner dans mes mots
Et rêver des tableaux que je décris
Qui changent

Les feuilles vertes rougissent à l’automne
Et s’étiolent en jaunissant
Puis elles doivent mourir
Prises dans le carrousel  du temps
Qui change

Des moments de magie luisent dans la nuit
En forêt les peurs s’évaporent
Emportées au matin
Par la rosée qui scintille à l’aurore
Qui change

Les passions cèdent et l’harmonie s’installe
Parfois refroidit la flamme
Nous sommes comme des pétales
Pantins pendus aux fils d’argent des âmes
Qui changent

Nous sommes ailleurs et tes larmes m’implorent
Alors, buvons un dernier verre
Embrassons nous encore
Puis je te laisse au bord de la rivière
Qui change

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)


dimanche 24 mars 2013

Winchester Cathedral









Cette chanson de Geoff Stephens, chantée en 1966 par John Carter avec le groupe “The New Vaudeville Band” connut un succès phénoménal, non seulement en Amérique du Nord et en Angleterre, mais aussi en France ou Gérard Klein la choisit pour indicatif de son émission de « Hit Parade » sur France Inter. Claude François en fit, sur la même mélodie, le thème d’une chanson dont on aurait très bien pu se passer. D’autres artistes lui rendirent un meilleur hommage, comme Dizzy Gillespie, Ray Conniff, Frank Sinatra et Lawrence Welk, ainsi que Petula Clark.
C’est donc un grand moment de nostalgie d’écouter John Carter chanter en se pinçant le nez pour donner l’impression d’utiliser un mégaphone (comme d’autres dans « Yellow Submarine » ou « The Days of Pearly Spencer »).
A cette époque, les « grandes ondes », par l’intermédiaire d’un vieux transistor, nous reliaient à un monde en pleine effervescence musicale, nous laissant entrevoir une forme de liberté que nous ne pouvions imaginer.
Dans notre petit monde à nous, derrière des palissades de tabous, nous écoutions ces rythmes païens avec une curiosité mêlée de culpabilité, surpris et un peu confus de nous laisser entraîner par ces mélodies suspectes parce que modernes. Nous comprenions moins encore l’anglais de ces chansons que le latin des cantiques de la messe du dimanche, mais nous nous doutions bien que le thème était différent, par conséquent plus ou moins hérétique et iconoclaste, donc fascinant.
Point d’Internet, en ce temps là, pour trouver en trouver le texte, et personne autour de nous pour en discuter : nous gardions donc comme un secret intime notre passion pour ces chansons, et n’osions pas même confesser ce péché. Nous eussions été surpris, et sans doute un peu déçus, de découvrir des paroles toutes simples et gentilles, parlant d’amour, tout naturellement…
Mais l’amour, à l’époque, était un devoir, pas un sentiment ; un concept, pas un acte ; et s’il fallait passer à l’acte, ce ne pouvait être que pour la conception, mais nous n’en étions pas là : les abeilles butinaient, et les petites graines germaient… Tout le reste était mystère.
Et la cathédrale de Winchester résonnait de cantiques sans se douter du trouble qu’inspirait une petite chanson la prenant à témoin d’une peine de cœur.




Winchester Cathédrale

Winchester Cathédrale
Tu brises mon moral
Tu te moques pas mal
Qu’elle ait mis les voiles

Tu es restée de pierre
Tu n’as rien tenté
Tu l’as, sans rien faire
Laissée s’en aller

Tout le monde sait
A quel point
J’avais besoin d’elle
Elle ne partirait
Pas si loin
Si au moins tes cloches portaient mon appel

Winchester Cathédrale
Tu brises mon moral
Tu te moques pas mal
Qu’elle ait mis les voiles

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 23 mars 2013

Katie Cruel

















Katy Cruel est une chanson traditionnelle américaine, datant de l’époque de la guerre de sécession, et fondée sur une chanson folklorique écossaise (The Lichtbob's Lassie), avec des emprunts à une autre ballade écossaise ou irlandaise (I Know Where I'm Going), de sorte que le texte actuel présente l’aspect caractéristique en « patchwork » de ces chansons anciennes, transmises par la tradition orale, et conservant des traces de chacune des époques qu’elles ont traversées.  La version la plus célèbre et, sans doute, la plus poignante, est celle de Karen Dalton. Joe Dassin la chanta en anglais en révélant toute la beauté dépouillée de la mélodie. Marie Laforêt en chanta une version française dont le texte fait s’exprimer une jeune femme libre et indépendante, cherchant l’amour absolu et passant, de ce fait, pour infidèle et cruelle. Ce n’est là, cependant, qu’une interprétation très restrictive de la chanson originale, qui évoque plutôt le changement de statut social au cours de la vie qui nous mène bien souvent où nous ne voudrions pas aller, jusqu’au naufrage de la vieillesse. En contraste avec cette amertume résignée, d’autres couplets (sans doute d’origines différentes) évoquent l’errance dans la liberté, la joie d’apporter du bonheur autour de soi, et le désir d’avoir l’amour pour seule destination.
De nombreux artistes, professionnels (dont Jerry Garcia, Robin Pecknold, Linda Thompson, et Bert Jansch) ou amateurs, ont repris cette chanson avec plus ou moins de bonheur (les vidéos accessibles sur Internet sont de qualité très… diverse !). Récemment, Agnes Obel en a chanté une version très surprenante, sur une mélodie totalement « personnalisée », lui conférant une autre dimension. Voilà donc une chanson appelée à traverser encore les siècles et les époques, se transformant peu à peu tout en gardant les traces de ses origines, notamment par les onomatopées typiquement écossaises qui concluent chaque couplet.


Cathy Cruelle

Quand je suis arrivée
Ils m’appellaient belle hirondelle
Les choses ont changé
Ils m’appellent Cathy cruelle
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Là où je voudrais que je sois
Ce serait où je ne suis pas
Mais je suis là où je dois
En partir je ne peux pas
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Quand j’étais une jeune beauté
Ils m’offraient des bouteilles pleines
Les choses ont changé
Ils vident mes bouteilles sans gêne
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Là où je voudrais que je sois
Ce serait où je ne suis pas
Mais je suis là où je dois
En partir je ne peux pas
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Qui j’aime, je le sais
Et qui m’aime, je le saurai
Car je sais où je vais
Et qui me suivra, je verrai
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Par les bois et les champs
Les vallées et les plaines
Le long des étangs
Je vais où mon cœur m’entraîne
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Là où je voudrais que je sois
Ce serait où je ne suis pas
Mais je suis là où je dois
En partir je ne peux pas
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Les yeux comme des braises
Lèvres rouges et pulpeuses
Ça la comble d’aise
De rendre les filles joyeuses
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

Là où je voudrais que je sois
Ce serait où je ne suis pas
Mais je suis là où je dois
En partir je ne peux pas
Oh, diddle, lully day,
Oh, de little lioday.

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


dimanche 17 mars 2013

Morning Glory







 Pas vraiment une chanson (le texte est parlé, non chanté), et pas vraiment un poème (pas de rimes, simplement des répétitions), mais une atmosphère très particulière : ce dialogue de Léonard Cohen avec lui-même, ou avec son écho (questions et réponses se chevauchent, et les phrases s’entremêlent) évoque ce sentiment – ou cette sensation – que l’on peut ressentir après une nuit de travail, une nuit de fête, ou une nuit de voyage, lorsque les lieux familiers que nous regagnons nous paraissent, dans la pâle lueur qui annonce l’aube, étranges sinon étrangers.
Et, tandis que nous cheminons dans la semi-obscurité vers la porte qui nous ramènera vers notre quotidien, nous voudrions « retenir la nuit » pour découvrir un autre monde, une autre vie, une autre dimension. Un mélange de fatigue et d’exaltation nous fait rêver que le jour se lève sur un décor différent, débarrassé des pesanteurs domestiques.
Nous savons bien que, dès la porte franchie et la lumière allumée, la banalité nous emprisonnera à nouveau, et l’impression de légèreté, l’appel d’une transcendance, disparaîtront comme les brumes du matin… et comme l’ivresse d’une nuit qui ne laisse qu’un mal au crâne et une peine au cœur…

Bien évidemment, comme de nombreux textes de Léonard Cohen, « MorningGlory » fait l’objet d’interprétations très diverses, fondées essentiellement sur le titre, car la « Gloire du Matin » est une fleur grimpante du genre Ipomée, dont les graines contiennent des alcaloïdes d’effets psychédéliques (LSD). En argot, « Morning Glory » désigne aussi l’érection matutinale. Je vous laisse donc imaginer les idées et pensées qui ont pu dès lors être attribuées à Léonard Cohen, lequel, il est vrai, nous a habitués à des textes ambivalents ou polyvalents.
Mais, en l’occurrence, « honni soit qui mal y pense », car la première lecture que je propose ici me semble être celle qui nous mène le plus loin, sans qu’il soit besoin d’une quelconque chimie pour stimuler nos rêves.


Gloire du Matin

Sans mots, cette fois ?
Sans mots.
Non, certaines fois, on ne peut rien faire
Pas cette fois.
Est-ce la censure ?
Est-ce la censure ?
Non, c’est l’évaporation
Non, c’est l’évaporation

Cela mène quelque part ?
Oui
Nous descendons l’allée
Cela mène quelque part ?
Ça mène au jardin
Ça mène à la cour
Nous progressons sur l’allée
Nous avançons-nous vers…
Nous sommes dans la cour.
…Un instant transcendantal ?

C’est presque clair
C’est ça
Voilà
Nous avançons-nous vers un instant transcendantal ?
C’est ça
Voilà
Penses-tu que tu pourras y parvenir ?
Oui, est-ce que tu peux y parvenir ?
Oui, ça se pourrait
J’ suis tout ouïe
J’ suis tout ouïe
Oh, la gloire du matin !

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)