"You are always on my mind!"

lundi 30 mars 2015

Master Song













Léonard Cohen met ici en chanson une relation triangulaire (ou trinitaire, dit-il en dérision), comme dans « Famous Blue Raincoat » ou « Why Don’t You Try ? ». Cependant, les choses ne sont probablement pas si simples qu’il n’y paraît. Certes, on reconnaît la femme, l’amant, et son rival, et l’on entend évoquer maladie, trahison, domination, puis trahison encore, mais le véritable maître n’est peut-être pas celui qu’on croît, ou ce n’est pas vraiment le maître, ou pas vraiment l’amant… L’ambivalence des sentiments, comme l’inéluctable souffrance et l’inexplicable attirance sont les ingrédients usuels de ces relations mouvantes que décrit Léonard Cohen, qui semble en parler d’expérience.



La Chanson du Maître

Tu as entendu ton maître chanter
Quand j’étais alité
Et je suppose qu’il t’a tout raconté
De ce que, dans ma tête, j’abritais
Ton maître t’a fait voyager
C’est, du moins, ce que tu disais
Viens-tu, maintenant, apporter
Pain et vin à ton prisonnier ?

Dans un temple, tu l’as rencontré
Où l’on se dévêt à l’entrée
Rien qu’un homme sans nombre sur un canapé
De la guerre à peine rentré
De tes cheveux, tu couvres son visage lassé
Il te tend la pomme consommée
Puis il touche tes lèvres soudain dépouillées
De tous les baisers dont nous les avions parées

Il t’offrit un berger allemand pour marcher
Des clous sur le cuir de son collier
Et il ne t’a jamais laissée expliquer
Les petits détails et révéler
Lequel a un mot, le quel a un rocher
Ni qui te tient par courrier
Ton amour est un secret dans tout le quartier
Et se maintient même si ton maître vient à échouer

Et, sur son avion, il t’a emmenée
Qu’il pilotait sans aucune main
Volant plus haut que la pluie qui chassait
La foule sur les gradins
Baissait les phares sur une route isolée
Singe aux glandes d’ange, enfin
Les dernières douleurs effaçait
En imitant un musicien

Et j’entends ton maître chanter
A genoux, tu l’attends
Son corps est un anneau doré
Son corps est un anneau doré
Sous lequel ton corps se suspend
Mon corps s’engourdissant
Tu entends ton maître chanter
Ton chemisier s’ouvrant

T’agenouilleras-tu à ce lit
Que jadis nous avons poli
Avant que ton maître ait choisi
De faire de neige mon lit ?
Tes yeux sont fous et tes phalanges rougies
Ta voix n’est qu’un chuchotis
Non, je ne sais pas ce que ton maître a dit
Lorsqu’il t’éconduisit

Et je trouve ton jeu un peu forcé
Toi, dame à qui la lune fut offerte
J’ai eu le temps de m’habituer
A ce que ma chambre soit déserte
Ton amour est le crachin d’un vieux toussant
En battant, de son pied, le tempo
Tes cuisses sont en ruine ; tu en veux tant
Disons que tu reviens un peu tôt

J’aimais ton maître parfaitement
Je lui ai tout enseigné
Dans un grand mystère, il mourait de faim
Comme un homme sûr de ce qui est vrai
Je t’ai envoyée vers lui en promettant
De lui apprendre du nouveau et
Ainsi, je lui ai enseigné comment
Quoi qu’il dise, quoi que tu fasses, je te manquerais

Tu as entendu ton maître chanter
Quand j’étais alité
Et je suppose qu’il t’a tout raconté
De ce que, dans ma tête, j’abritais
Ton maître t’a fait voyager
C’est, du moins, ce que tu disais
Viens-tu, maintenant, apporter
Pain et vin à ton prisonnier ?

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)


dimanche 29 mars 2015

Choices










Léonard Cohen avait chanté (en concert à Mannheim en juin 2013), cette chanson de George Jones. Il en offre son premier enregistrement sur l’album « Can’t Forget ». On peut y lire les regrets de celui qui, s’approchant du bout du chemin, pense à toutes ses fautes, ses erreurs, ses faux-pas, et voudrait revenir en arrière pour refaire les choix dont il est toujours plus facile, a posteriori, de savoir quels étaient les bons et les mauvais. Il ne faudrait pas, cependant, s’en tenir à cette seule lecture, car cette chanson répond manifestement à « Bird on the Wire », comme pour dire qu’il a fait tous ces choix, bons ou mauvais, avec tout le poids de son humanité et toute la sincérité de l’espoir, usant de ce qu’il pouvait trouver de liberté tout en restant lui-même.
ALN


Choix

J’ai eu des choix
A faire depuis ma naissance
De petites voix
Me disaient bien ou mal
J’ n’en serais pas là si
J’ les avais écoutées
A vivre et mourir
Avec les choix que j’ai faits

J’étais tenté
Et tout jeune j’ai trouvé
Que j’aimais boire
Et je n’ai jamais arrêté
Ceux que j’aimais
Je les ai tous éloignés
Tout ça pour vivre et mourir
Avec les choix que j’ai faits

J’ai eu des choix
A faire depuis ma naissance
De petites voix
Me disaient bien ou mal
J’ n’en serais pas là si
J’ les avais écoutées
A vivre et mourir
Avec les choix que j’ai faits

Je dois payer
Pour les péchés que j’ai faits
Si je pouvais
Je courrais vers le passé
Mais je perds toujours
Au jeu d’ la vie que je joue
A perdre et mourir
Avec les choix que j’ai faits

J’ai eu des choix
A faire depuis ma naissance
De petites voix
Me disaient bien ou mal
J’ n’en serais pas là si
J’ les avais écoutées
A vivre et mourir
Avec les choix que j’ai faits

A vivre et mourir
Avec les choix que j’ai faits


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

I’ve Got a little secret












Voilà sans doute l’un des secrets de Léonard Cohen : mêler, voire fusionner, tout ce qui fait l’humanité dans une sorte de synthèse où érotisme et spiritualité sont indissociables, tout comme le péché et la vertu, l’ombre et la lumière, la vie et la mort, la vieillesse et l’espoir.
Dans cette nouvelle chanson, sur l’album « Can’t Forget », Léonard Cohen évoque un rendez-vous galant dans l’au-delà, mais rappelle aussi sa difficulté à maintenir une relation amoureuse (« Never Any Good »). Comme dans plusieurs chansons de l’album « Old Ideas », il assume une vieillesse pour qui l’amour est d’autant plus nécessaire qu’il peut sembler inaccessible.
Le temps fait mûrir l’amour
Et s’il faut mourir un jour
Sachons sourire à l’amant
Dont nous serrerons la main
ALN



J’ai un Petit Secret

Je vais te dire un secret
Si tu promets de le taire
J’ai dit, je vais te dire un secret
Tu dois promettre de le taire
J’ai un rendez-vous au ciel
Mais l’emporterai en enfer

Je t’enlacerais bien si
Mes vieux bras étaient plus forts
Je t’enlacerais bien si
Mes vieux bras étaient plus forts
J’ai bien écouté ton histoire
Mais je crois que je m’endors

Je vais te dire un secret
Si tu promets de le taire
J’ai dit, je vais te dire un secret
Tu dois promettre de le taire
J’ai un rendez-vous au ciel
Mais l’emporterai en enfer

Je voudrais t’aimer chérie
Mais c’est sans espoir
Je voudrais t’aimer chérie
Mais c’est sans espoir
Ce que renvoie mon miroir
N’est pas très joli à voir

Je voudrais, je voudrais t’aimer chérie
Mais c’est sans espoir
Je voudrais t’aimer chérie
Mais c’est sans espoir
Ce que renvoie mon miroir
N’est pas très joli à voir

Il fait un peu froid dans ta cuisine
Et je crois qu’il va neiger
Il fait un peu froid dans ta cuisine
Et je crois qu’il va neiger
Chérie je dois te quitter
Mais je n’ai nulle part où aller

Tu vois, je vais te dire un secret
Si tu promets de le taire
J’ai dit, je vais te dire un secret
Tu dois promettre de le taire
J’ai un rendez-vous au ciel
Mais l’emporterai en enfer

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)