"You are always on my mind!"

dimanche 30 septembre 2012

Devil Baby








Prenant pour exemple le « Jerry Springer Show », une émission américaine de débat télévisé très « populaire », confrontant en direct des personnes avec la révélation de l’infidélité, l’homosexualité, la transsexualité ou la prostitution d’un proche (voire d’un époux), Mark Knopfler exprime ici sa révolte contre le cynisme avec lequel les médias exploitent les tribulations des plus faibles pour « faire de l’audience », excitant ainsi voyeurisme et sadisme.
Si les jeux du cirque, dans l’antiquité, pouvaient paraître plus violents, ils n’atteignaient pas la perversité de cette forme « moderne » de divertissement des foules. Mark Knopfler met en parallèle les cirques ambulants qui, il n’y a guère, parcouraient les villes pour exhiber de malheureux monstres dont les infirmités étaient le seul gagne-pain, et ces émissions télévisées qui sapent les fondements mêmes de la civilisation.
Bien évidemment, tout cela est entouré d’un discours lénifiant, arguant de la liberté d’expression, de la nécessité d’informer, de l’opportunité de révéler la vérité, et de la sagesse infinie du public « qui sait faire la part des choses ».
La plus vile forme de l’humour est de rire du malheur des autres.
La plus infâme forme de cynisme est d’en tirer profit. 



Bébé Démon

Les monstres restent ensemble
En bons camarades
Tu les regardes
Et ils te regardent
J’aime la fille saltimbanque
Mais elle n’en a cure
On ne trouve plus d’amour nulle part
Non, plus d’amour nulle part

C’est le professeur qui présente
C’est Monsieur Loyal
Et pour attirer le public
Il est génial
De la boue sur la place
Il f(e)’rait des clients
Il a la sciure de la piste dans le sang
La sciure de la piste dans le sang

Vois l’hippopodame, et vois la fille – singe
Vois l’homme à tête de cochon
Ali Gator à peau de crocodile
Viens voir le bébé démon

C’est Springer qui présente
C’est Monsieur Loyal
Il a tout le public
A ses pieds dans la salle
Tu peux en être aussi
Avec paumés et rustres
Tape 36 15 Je-suis-un-monstre
36 15 Je-suis-un-monstre

Sois l’hippopodame ou sois la fille singe
Sois l’homme à tête de cochon
Ali Gator à peau de crocodile
Viens faire le bébé démon

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 29 septembre 2012

Quality Shoe








Quand on n’a que ses souliers pour domicile,
Quand on n’a plus de “chez-soi”,
Quand on est loin de soi,
Chassé par la solitude vers un horizon qui fuit,
Quand on n’entend plus que la voix de la pluie,
Les souliers sont les derniers amis.
Les souvenirs du voyage sont gravés sous leurs semelles,
Marquées par les pierres des chemins,
Teintées de la boue des ravins.

Plusieurs chansons de Mark Knopfler (comme All the Roadrunning, Rollin’on…) évoquent ainsi le voyage et l’errance, car c’est là, manifestement, un aspect majeur de la vie des artistes qui, comme lui, ont ressenti tout à la fois l’appel d’un infini à découvrir et la nostalgie d’un foyer où l’on voudrait rentrer (Homeward bound, Five Hundred Miles, Back Home Again, It NeverRains in Southern California, I Was Born Under a Wandrin' Star…).




Bien Chaussé

A la pointe et au talon, de l’acier
La semelle renforcée
Tes pieds lassés vont apprécier
Fais ton choix, noir ou brun
Parfaits pour la ville comme pour les chemins
C’est important d’être bien chaussé

Ne prends qu’une paire de chaussures
Car elles résistent à l’usure
Elles prendront soin de tes pieds
Pour la voiture ou le train
Les pierres et les cailloux des chemins
C’est important d’être bien chaussé

Ce n’est sans doute pas le mieux pour danser
Mais ce ne sera pas de si tôt
Tu ne pars pas vraiment te trémousser
Au clair de lune avec
Cane à pommeau et chapeau

Si tu pouvais lever le pied
A la foire d’empoigne, échapper
Voir tout ce qu’on peut visiter
Chausse-les, vas marcher
Tu ne pourras jamais les user
C’est important d’être bien chaussé

Je te souhaite un beau ciel bleu
Et du bonheur tout au long du voyage
Mais viendront, malgré mes vœux
Et le vent, et la pluie
Et parfois même la neige

Ainsi chaussé, tout ira mieux
Et si tu dois marcher mille lieues
Si ton moral fléchissait
Pour pouvoir t’évader et puis
Pour te rire des jours de pluie
C’est important d’être bien chaussé

A la pointe et au talon, de l’acier
La semelle renforcée
Tes pieds lassés vont apprécier
Fais ton choix, noir ou brun
Parfaits pour la ville comme pour les chemins
C’est important d’être bien chaussé

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 23 septembre 2012

Streets Of Laredo













C’est ici l’une des multiples versions reflétant les étapes de la longue histoire de cette chanson traditionnelle que chante Johnny Cash. Si elle met toujours en scène une homme vivant ses derniers instants, les variantes évoquent tantôt un mauvais garçon traînant sa misère dans les « bas quartiers » et mourant de maladie vénérienne, tantôt un jeune cowboy condamné à mort après quelque larcin, tantôt un joueur, que les cartes on finit par trahir, et qui termine son errance blessé à mort dans un duel…
Cette chanson partage des origines communes avec "St James Infirmary Blues", dont la mélodie est cependant totalement différente.
La présente version de Johnny Cash (qui en a chanté plusieurs) en fait, en quelque sorte, la synthèse, et dans sa sobriété, servie par sa voix gutturale, évoque en conclusion, d’un simple petit adverbe (« surely ») l’un des thèmes récurrents de son répertoire : le cynisme et la cruauté de la peine de mort.
II a en effet chanté « 25 Minutes To Go », « The Mercy Seat », « The Green Green Grass of Home », se mettant dans la peau du condamné et décrivant de façon poignante, voire terrifiante, ses derniers instants.
Il est étonnant que, dans des pays comme les Etats-Unis, où ces chansons font partie du patrimoine culturel, il reste encore autant de partisans de la peine de mort. Dans cette société où le taux de prisonniers et le nombre de meurtres par arme à feu sont parmi les plus élevés au monde, l’inefficacité de la peine de mort semble pourtant démontrée. Mais ce pays où la religion (chrétienne) tient encore une place centrale au point que le président prête serment sur la Bible et où les références à Dieu et à la foi émaillent tous les discours politiques, une telle contradiction flagrante avec la lecture la plus neutre des Evangiles est bien surprenante.
Si la vie humaine est sacrée, nul ne devrait pouvoir, quelle qu’en soit la raison, s’arroger le droit de la détruire, et le fait même qu’une société s’interdise de donner la mort fait plus pour défendre la vie en la « sacralisant » que toutes les potences, gibets, guillotines, chaises électriques, et chambres à gaz.
Evidemment, les solutions « radicales » paraissent toujours plus faciles, d’autant qu’elles satisfont la fascination morbide des foules.
A ce propos, la Corrida a été récemment inscrite au « patrimoine culturel » de la France, et son autorisation dans les villes pouvant faire valoir une tradition tauromachique a été déclarée non contraire à la Constitution !
Mettre en spectacle la souffrance et la mort est, paraît-il, une tradition ! Mais pourquoi s’arrêter là et ne pas remonter un peu plus loin. Il y a encore en France, notamment dans certaines villes du Sud, de belles arènes romaines qui ont vu jadis des spectacle de gladiateurs et de mise à mort de condamnés (chrétiens, par exemple).
Exagère-je ?
Pas tant que cela, à en juger par le discours de certains tribuns (ou "tribunes" ?).



Les Rues de Laredo

Parcourant un jour les rues de Laredo
J’ai vu sous un drap au pied d’un arbre
Un tout jeune cowboy allongé sur le dos
Tout drapé de blanc et froid comme le marbre

Qu’à mon dernier jour
Jouent fifre et tambour
La marche des morts
Quand vous porterez mon corps
Jusqu’à la verte vallée
Où vous m’enterrerez
Je suis un jeune cowboy qui reconnaît ses torts

Envoyez ma dernière
Lettre à ma pauvre vieille mère
Et faites de même pour ma petite sœur si chère
Mais, s’il vous plait, ne dites rien de mon heure dernière
Si l’on vous demande l’histoire de ma misère

Une autre à mon cœur
Est plus chère qu’une sœur
Elle pleurera quand elle me saura parti
Si jamais un autre homme trouvait le chemin de son cœur
Ne dites pas mon nom mais il sera transmis

Qu’à mon dernier jour
Jouent fifre et tambour
La marche des morts
Quand vous porterez mon corps
Jusqu’à la verte vallée
Où vous m’enterrerez
Je suis un jeune cowboy qui reconnaît ses torts

Que six beaux cowboys veuillent
Bien porter mon cercueil
Que six belles demoiselles me chantent une chanson
Par des brassées de roses, protégez mon cercueil
Des mottes de terre qui le couvriront

En son dernier jour
Avec fifre et tambour
Nous retenions nos pleurs
En portant sons corps
Dans la verte vallée
Nous l’avons enterré
Juste un jeune cowboy qui certes avait ses torts

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)