"You are always on my mind!"

samedi 21 novembre 2015

Suzanne












Bien que cette chanson fut un des premiers et plus grands succès de Léonard Cohen, c’est Judy Collins qui l’a d’abord chantée et enregistrée, en 1966. Elle figura ensuite sur le premier album de Léonard Cohen, en 1967 (Songs of Leonard Cohen). Tout d’abord inspirée par l’atmosphère particulière de ce quartier ancien de Montréal, autour du port et de l’église Notre-Dame-du-bon-secours dédiée aux marins dont les bateaux sillonnaient le Saint-Laurent, cette chanson prit un nom, et s’incarna littéralement en la personne de Suzanne Verdal, artiste (danseuse) que Léonard Cohen rencontra par l’intermédiaire de son mari, Armand Vaillancourt, sculpteur. Léonard Cohen, manifestement attiré et fasciné par cette femme aussi belle qu’originale, continua de la rencontrer après qu’elle se fut séparée de son mari. Les récits de l’une et de l’autre s’accordent sur la qualité particulière de cette relation platonique, fondée sur un remarquable accord de sensibilité poétique et spirituelle. Tous deux mentionnent en effet l’absence de contact physique (en dépit de l’attirance que ressentait manifestement Léonard) et Suzanne explique qu’elle a décliné ses propositions pour conserver à cette relation toute sa magie et sa singularité, et ne pas être « une de plus dans la foule » (des conquêtes de Léonard). Ceci offre un éclairage utile sur l’étonnante formule concluant chaque refrain : « tu as touché, de ton esprit, son corps parfait… Il (Jésus) a touché, de son esprit, ton corps parfait… Elle a touché, de son esprit, ton corps parfait ».  
Suzanne, elle-même, ne découvrit cette chanson quelque temps après, par l’intermédiaire d’amis, et en éprouva une certaine gêne, teintée de nostalgie et d’amertume : gêne en raison de l’exposition de son intimité ; nostalgie pour ce temps merveilleux mais lointain ; amertume pour l’état d’esprit que les années et le succès ne peuvent qu’altérer (elle disait être restée, quant à elle, dans le pur esprit des années 60). Les commentaires de Léonard Cohen à ce sujet sont divers et, parfois, moins idéalistes. La strophe centrale dédiée à Jésus fait l’objet de multiples commentaires, parfois très surprenants, mais s’explique sans doute par la genèse de cette chanson, autour de Notre-Dame-du-bon-secours, cette dernière prenant alors les traits de Suzanne.
ALN

PS: L'adaptation française de cette chanson par Graeme Allwright est un chef d'oeuvre, et ma propre traduction ne figure ici que par souci de cohérence, comme je l'ai déjà mentionné.


Suzanne

Suzanne t’entraîne   chez elle près du fleuve, en bas
Tu entends passer les bateaux
Tu peux passer toute la nuit là
Elle est un peu folle, tu sais ça
Si tu restes, c’est pour cela
Elle t’offre des oranges et du thé
Qui de la Chine sont importés
Et quand tu veux dire que pour
Elle tu ne peux donner d’amour
De ses grandes ondes, elle t’entoure
Pour faire dire au fleuve qui court
Que tu es son amant de toujours


Tu veux, avec elle, voyager
Tu veux la suivre, aveuglé
Elle te fera confiance, tu sais
Car ton esprit a touché son corps parfait

Jésus était un marin
Quand, sur les eaux, il a marché
Pendant longtemps, il a observé
Seul du haut de sa tour de bois
Et quand il fut bien certain
Que seuls les noyés le verraient
Il dit « Les hommes seront tous marins
Jusqu’à c’ que la mer les libère
Mais lui-même fut brisé bien
Avant que le ciel s’ouvre enfin
Sombrant sous votre sagesse comme une pierre

Tu veux, avec lui, voyager
Tu veux voyager aveuglé
Tu penses pouvoir lui faire confiance
Car son esprit a touché ton corps parfait


Suzanne prend ta main
Et te conduit à la rivière
Habillée de plumes et haillons
Dont l’armée du salut fait don
Et le soleil coule comme du miel
Sur notre dame, madone du port
Elle te montre comment voir
Dans les ordures et fleurs en bouton
Dans les algues, il y a des héros
Et dans le matin des enfants
Qui se penchent pour de l’amour
Et se pencheront ainsi toujours
Quand Suzanne tient le miroir

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)



mardi 17 novembre 2015

Lover Lover Lover














C'est dans le désert du Sinaï, lors de son séjour de deux mois avec d’autres musiciens et chanteurs comme Matti Capsi auprès de l’armée israélienne durant la guerre israélo-égyptienne dite « du Kippour », en 1973, que Léonard Cohen improvisa cette chanson sur scène. Il la dédia aux soldats des deux camps.
S’il semble clair, en première lecture, que le chanteur s’adresse ici à son Dieu créateur, diverses interprétations s’affrontent, certains pensant qu’il s’adresse simplement à son père. D’autres, cependant, soulignent que le thème et le vocabulaire de cette chanson évoquent la poésie de Jalaluddin Rumi, mystique persan du XIIIème siècle qui a profondément inspiré le Soufisme. Léonard Cohen a plusieurs fois rendu hommage à ce poète qui fut manifestement une de ses sources d’inspiration, et dont il reprend ici la façon de s’adresser à Dieu sous le nom de « Lover ». L’évocation de la construction du temple, mais aussi de la dissimulation du visage de Dieu au regard des hommes, renvoie clairement aux fondements de la religion juive. Néanmoins, cette analyse ne fait pas l’unanimité, bien que cette chanson paraisse vraiment construite comme un dialogue entre un homme et son créateur. La dernière strophe a fait l’objet de quelques changements au cours des années, mais semble s’adresser, quant à elle, aux soldats devant lesquels Léonard Cohen rédigea cette chanson, et dont il loua « la grâce et la bravoure ».
A Hélène



Amour, Amour, Amour

J’ai dit à mon père :
« De grâce, père, changez mon nom
Celui que je porte encore est couvert
De peur, de fange, de honte et trahison »

Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi
Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi

« Je t’ai mis dans ce corps que tu blâmes »
Dit-il, « en épreuve pour ton âme.
Tu peux l’utiliser comme une arme
Ou pour faire sourire une femme. »

Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi
Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi

« Alors, laisse-moi recommencer
Laisse-moi recommencer.
J’ veux un beau visage, s’il te plait
Cette fois, je veux une âme en paix. »

Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi
Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi


Il dit : « Je n’ me suis jamais détourné
Je n’ suis jamais parti
Le temple, c’est toi qui l’a construit
Mon visage, c’est toi qui l’a caché »

Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi
Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi

Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi
Oui, et amour, amour, amour, amour, amour, amour, amour regagne-moi

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 7 novembre 2015

Diamonds in the Mine











Que ce soit chantée par son auteur, Léonard Cohen, dans la version originale, ou par Graeme Allwright dans son adaptation française, « Diamonds in the Mine » est une chanson violente, militante, agressive, où la rage et le sarcasme s’expriment par la force et la raucité de la voix. Comme d’autres, elle donne lieu à des interprétations très diverses. Léonard Cohen a publié cette chanson en 1971, mais a ensuite, dans la fin des années 1970, chanté occasionnellement des strophes additionnelles directement engagées, notamment à propos de la guerre du Vietnam. Il n’en faut pas plus à certains pour établir un parallèle entre l’avortement et la guerre. Si l’allusion à la problématique de l’avortement est évidente, il serait sans doute simpliste de résumer la pensée de Léonard Cohen à sa condamnation. On peut du reste considérer l’avortement comme un drame mais en reconnaître aux femmes la liberté. La pensée de Léonard Cohen va donc probablement bien au delà de cette question de société. Les strophes additionnelles apportent à ce sujet un éclairage intéressant, car il évoque directement les divisions et déchirures engendrées dans les sociétés par les guerres comme celle du Vietnam, et les millions de morts que peuvent entraîner les oppositions idéologiques dont l’histoire démontre, plus tard, l’inanité. Là encore, certains établissent un parallèle entre l’avortement imposé à la femme par l’homme qui a usé de son corps dans une relation sans amour, et les morts de la guerre, offrande sacrificielle que font les fanatiques à leur dieu, les militants à leur idéologie, et les mégalomanes à leur ego… pour le plus grand profit des financiers cyniques. Le Léonard Cohen d’aujourd’hui paraît bien sage, en comparaison de celui qui chantait cette chanson. Il ne faudrait pas croire, cependant, qu’il soit pour autant résigné !
ALN


Les Diamants dans la Mine

La femme en bleu réclame vengeance à grands cris
Et l’homme en blanc – C’est toi – se dit sans amis
Dans la rivière, les boîtes rouillées pullulent
Et sur votre terre promise, les arbres brûlent.

Et il n’y a pas de lettres dans les boîtes
Il n’y a pas de raisin sur la vigne
Il n’y a plus de chocolats, à présent, dans les boîtes
Il n’y a pas de diamants dans la mine

Bon, tu me dis que ton amant s’est cassé le bras
Tu dis que c’est à son sujet que tu te fais du tracas
Et moi, j’ai vu l’homme en question - C’était l’autre soir – Eh bien !
Il croquait une dame où les lions assaillaient les chrétiens.

Et il n’y a pas de lettres dans les boîtes
Il n’y a pas de raisin sur la vigne
Il n’y a plus de chocolats, à présent, dans les boîtes
Il n’y a pas de diamants dans la mine

(Dites-lui, vous)

Il n’y a pas de réconfort au sabbat des sorcières
De très astucieux docteurs virent et les stérilisèrent
Et le seul homme d’énergie, la fierté de la révolution
Apprit à cent femmes à tuer l’enfant en gestation

Et il n’y a pas de lettres dans les boîtes
Il n’y a pas de raisin sur la vigne
Il n’y a plus de chocolats, à présent, dans les boîtes
Il n’y a pas de diamants dans la mine

Et il n’y a pas de lettres dans les boîtes
Il n’y a pas de raisin sur la vigne
Il n’y a plus de chocolats, à présent, dans les boîtes
Il n’y a pas de diamants dans la mine


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)