"You are always on my mind!"

dimanche 27 janvier 2013

John Wayne Gacy, Jr




  


N’est-ce pas étrange que l’on puisse consacrer une chanson au plus célèbre et plus terrible tueur en série de l’histoire américaine ? Et plus étrange encore, plus troublant et déconcertant, que l’auteur et chanteur lui-même se compare à cet individu ?
John Wayne Gacy junior fut condamné à mort en 1980 et exécuté en 1994 pour avoir violé et tué au moins 33 garçons et jeunes hommes, dont il avait enterré 27 dans le sous-sol de sa maison.
Sufjan Stevens résume d’abord la vie et les crimes de John Wayne Gacy junior, puis termine en se comparant à lui, et en évoquant les « secrets qu’il cache sous le plancher ».
Cette chanson et son contexte font l’objet d’une analyse détaillée et passionnante sur le site didactique « Shmoop », qui explique que les tueurs en série tiennent dans la culture américaine une place aussi essentielle que la tarte au pommes (« apple pie », effectivement évoquée comme emblématique dans « American Pie » de Don McLean), citant David Schmid dans son ouvrage « Natural Born Celebrities: Serial Killers in American Culture ».
Sufjan Stevens n’est certainement pas un tueur en série, et l’on ne trouverait sous le plancher de sa conscience que les petites hontes, les remords et les lâchetés qui moisissent le revers de l’âme, comme chez chacun d’entre nous.
Sa chanson n’a cependant pas pour but de choquer ou d’exploiter cette « fascination morbide », mais d’exprimer un message simple et courageux : il serait trop facile de rejeter de tels criminels de l’autre côté d’une barrière virtuelle séparant le juste de l’assassin, comme il serait erroné de séparer ainsi le fou du sain d’esprit. Les concepts de liberté et de responsabilité sont des mensonges nécessaires dans une société dont les règles et les sanctions sont supposées pondérer les multiples choix qui jalonnent la vie des individus pour les maintenir sur « le droit chemin ». La multiplicité des causes et la complexité des relations donnent l’apparence d’un libre choix, et si l’on peut être tenté de s’enorgueillir d’une bonne conduite et d’une bonne image, il ne s’agit en fait que du résultat d’une somme algébrique de contraintes, punitions et gratifications. Qu’un grain de sable vienne, à un moment crucial, entraver le fonctionnement d’un petit rouage, et la balance peut pencher dans l’autre sens : notre esprit est typiquement un chaos déterministe, dont l’inné ne constitue qu’un point de départ. Les événements de la vie (comme les évoque Sufjan Stevens à propos de John Wayne Gacy junior), et les conditions d’environnement, déterminent notre devenir. Dans une société, la culture représente l’affichage des enjeux, et doit mettre en exergue les multiples formes de gratification qui doivent, comme un phare, guider vers un comportement « social ». Lorsqu’une culture est envahie par l’argent, la violence, l’individualisme et l’égoïsme, lorsque le fossé se creuse entre ceux qui ont l’argent et le pouvoir et ceux qui n’ont rien, pas même un travail, la construction-même de l’esprit humain est compromise (que l’on soit d’un côté ou l’autre du fossé). Et si le bâtiment ne va pas…

PS : Merci à JMM pour m’avoir fait découvrir ce chanteur hors normes



John Wayne Gacy junior

Le père de John Wayne buvait
Et, au lit, sa mère pleurait
Quand sa tête a heurté
La balançoire, elle pliait
Son linge. Les voisins l’adoraient
Pour son humour, sa conversation
Mais regardez sous sa maison
Vous y verrez dormir, et pourir, quelques corps
Oh, les morts !

Oui, vingt-sept personnes
Sans doute plus ; des garçons
Voiture et job d’été
Oh, mon Dieu !

Es-tu l’un d’entre eux ?

Faisait le clown pour les enfants
Le visage peint en rouge et blanc
Dans ses bons moments, chez lui
Volets tirés, sur le lit
Les embrassait
Aurait pu en tuer mille
D’une main si habile
Chassait loin, chassait vite pour ses morts
Otait les vêtements de leur corps
Sur la bouche, bâillonnée,
Bien tranquillement, les embrassait

Et moi, dans mes bons moments
Je ne suis pas différent
Sous les lames du parquet
Vous trouverez mes secrets

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 19 janvier 2013

It’s Raining

















 Comme dans “ASoalin’”, Peter, Paul, and Mary mêlent dans cette chanson (de Noel Paul Stookey et Len Hunt Chandler) plusieurs comptines et chansons enfantines, entrecoupées des étapes d’une partie de cache-cache dans la maison, un jour de pluie. L’arrangement est, comme toujours, magnifique, et les trois voix, merveilleusement accordées, forment un ensemble particulièrement mélodieux. Face à cette perfection, les paroles semblent un peu étranges, voire incongrues. Il est vrai que, en Français comme en Anglais, de nombreuses chansons enfantines, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, semblent n’avoir « ni queue ni tête ». J’ai le souvenir, enfant, d’être resté souvent étonné et frustré à l’écoute de telles chansons, qui semblaient annoncer un brillant épisode d’aventure épique ou romantique, et s’avéraient en fait tronquées, aberrantes, ou absurdes. Je ne pense pas avoir été le seul à ressentir cette frustration, mais j’ai ensuite imaginé que ces chansons, transmises de bouche à oreille dans les cours de récréation, avaient sans doute, au fil des ans (ou des siècles), été quelque peu distordues tout en perdant leurs racines.
Tel est sans doute le cas de « It’s Raining, It’s Pouring », bien que cette chanson ne date probablement que de la première moitié du vingtième siècle.
« Lady Bug,Lady Bug » (initialement « Lady Bird ») est plus ancienne, déjà publiée en 1744, et sa signification est plus claire : les coccinelles, grands prédateurs de pucerons, étaient considérées comme utiles, et la tradition voulait que, lorsqu’une coccinelle venait à se poser sur un enfant, celui-ci se garde de la blesser ou de la chasser (ce qui aurait porté malheur !) mais lui chante cette comptine jusqu’à ce qu’elle prenne, d’elle-même, son envol.
Les vers évoquant « Jack and Jill » font référence aux personnages d’une comptine du dix-huitième siècle, dont il existe de nombreuses versions relatant avec des variantes les mésaventures d’un petit garçon et d’une petite fille qui, revenant d’aller chercher de l’eau, « débaroulent » à flanc de colline et rentrent à la maison couverts de bleus et de bosses.
Enfin, « Star Light, Star Bright », chanson traditionnelle figurant, notamment, au répertoire de Pete Seeger, est recensée depuis la fin du dix-neuvième siècle, et repose sur la superstition datant de l’antiquité selon laquelle un vœu exprimé à la vue d’une étoile filante sera exaucé.
Un autre aspect de cette chanson de Peter, Paul, and Mary, me frappe : il s’agit du contraste entre la légèreté des chants et des jeux enfantins et la gravité de la situation évoquée (le vieil homme qui s’est cogné la tête et ne peut se lever le lendemain matin, probablement comateux). Dans la brume de mes plus anciens souvenirs, je redécouvre ces moments de la vie familiale où, enfants, nous percevions l’angoisse ou le désarroi de nos parents, et continuions à jouer, comme par devoir de gaité, avec le sentiment, tout à la fois, de conjurer le malheur que nous présentions et de rassurer nos parents en leur démontrant « que la vie continue ». Je pense alors à « La Prière » de Francis Jammes, chantée par Georges Brassens :
… et j’y trouve, résumée en quelques mots, la Vie entière.



Et Il Pleut

Et il pleut
Tant qu’il peut
Le vieil homme ronfle un peu
S’est cogné
La tête et couché
Ce matin n’a pas pu se lever
La pluie
Retire-toi
Passe ici une autre fois

Hé, j’ai une idée : nous pourrions jouer à cache-cache dans la maison. Là, tout le monde se cache ; c’est moi qui y suis !

Etoile du soir
La première qu’on peut voir
J’ai un vœu et l’espoir
Qu’il soit exaucé ce soir

Et il pleut
Tant qu’il peut
Le vieil homme ronfle un peu
S’est cogné
La tête et couché
Ce matin n’a pas pu se lever
La pluie
Retire-toi
Passe ici une autre fois

Cinq, dix, quinze, vingt
Vingt-cinq, trente, trente-cinq, quarante

Demoiselle Coccinelle, rentre chez toi
Ta maison est en feu, et, sur le toit
Tes bébés vont brûler

Et il pleut
Tant qu’il peut
Le vieil homme ronfle un peu
S’est cogné
La tête et couché
Ce matin n’a pas pu se lever
La pluie
Retire-toi
Passe ici une autre fois

Quarante-cinq, cinquante, cinquante-cinq, soixante
Soixante-cinq, soixante-dix, soixante-quinze, quatre-vingts

Ni le Jack de mon père
Non, ni la Jill de ma mère
Mais femme de violoneux
Qui jouera quand je veux

Et il pleut
Tant qu’il peut
Le vieil homme ronfle un peu
S’est cogné
La tête et couché
Ce matin n’a pas pu se lever
La pluie
Retire-toi
Passe ici une autre fois

Quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-dix, quatre-vingt-quinze, cent !
Attention, je sors de mon camp ! Cachés ou pas, j’arrive !
Tous vus ! Allez, nouvelle partie !

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

vendredi 18 janvier 2013

Day Is Done











Bien avant qu’il ne sache parler, l’enfant exprime, dans son regard la confiance, l’espoir et l’amour que chantent ici Peter, Paul, and Mary (chanson de Peter Yarrow).
Ce regard qui découvre le monde s’étonne et interroge, s’alarme parfois, cherchant alors sur le visage des parents le sourire qui console et rassure.
Et, dans un mimétisme attendrissant, les mimiques de l’enfant reproduisent celle des parents, manifestant tout un assortiment d’émotions pour conclure sur un rire aussitôt partagé.
Tout le bonheur d’une vie est dans ces instants, quand l’amour se lit dans les yeux et illumine la vie. Plus que la biologie et la génétique, c’est cela qui fait un père ou une mère.


Fin Du Jour

Mon enfant, dis-moi pourquoi tu pleures
Comme tout le monde, je sais que tu as peur
Crains-tu le tonnerre qui gronde là-bas ?
Vas-tu mieux si je suis près de toi ?
Je suis là !


Refrain :
Si tu prends ma main, mon amour
Tout ira bien à la fin du jour
Si tu prends ma main, mon amour
Tout ira bien à la fin du jour
Fin du jour, fin du jour
Fin du jour, fin du jour

Pourquoi mes soupirs sont si profonds ?
Ton monde sera ce que les hommes en font
On n’y voit que malheur et chagrin
Tu veux savoir pourquoi ! Eh bien,
Je n’en sais trop rien

(Refrain)

Pourquoi souris-tu mon bébé ?
Y-a-t‘il un secret que tu peux révéler ?
En sais-tu plus que ceux qui discourent ?
Voient-ils ce que nous cachons toujours,
Tes yeux pleins d’amour ?

(Refrain)

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)