"You are always on my mind!"

dimanche 17 mai 2015

Hunter's Lullaby









L’absence d’un père peut avoir de multiples causes ou raisons, et prendre de multiples formes : qu’il parte à la chasse (et perde sa place), ou à la guerre (au risque de perdre la vie), que son métier l’emmène au loin ou que les démons du jeu, de l’alcool, ou de la drogue l’entraînent vers les marécages de la débauche et du danger, que le « démon de midi » lui fasse quitter son foyer pour un nouvel amour plus flatteur, que ses rêves de pouvoir et de richesse envahissent son âme et l’éloignent des siens, que la maladie et la déchéance intellectuelle le détachent du monde, ou qu’il ne soit, tout simplement, pas capable d’une véritable communication avec ceux qui l’aiment ou l’aimaient, ni son épouse, ni ses enfants ne peuvent le retenir. A leur souffrance ne répond que le silence et tout ce qui faisait de lui plus qu’un homme, un mari et un père, s’évanouit comme un mirage. La chance, la force, le courage, la toute-puissance, l’omniscience… s’évaporent alors, ne laissant qu’un souvenir, et un grand vide.
Léonard Cohen, avec pudeur et compassion, évoque sous toutes ses formes cet inéluctable départ.
ALN


Berceuse du Chasseur

Ton père est parti chasser
Dans la forêt vierge, il descend
Il ne peut pas emmener sa femme
Ni emmener son enfant

Ton père est parti chasser
Sur boue et sable mouvant
Et une femme ne pourrait pas le suivre
Bien qu’elle sache comment

Ton père est parti chasser
Par l’argent et le Crystal
Où n’entre que le vénal
Mais l’esprit passe mal

Ton père est parti chasser
La bête qu’il ne prendra point
Laissant derrière lui un bébé
Qui dort, et ses dons divins

Ton père est parti chasser
Il n’a plus sa bonne étoile
Il n’a plus son cœur-gardien
Qui protège le chasseur du mal

Ton père est parti chasser
Des adieux il m’a chargé
Me priant de n’ pas l’arrêter
J’ n’aurais, j’ n’aurais pas même tenté


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

jeudi 14 mai 2015

Dress Rehearsal Rag






















Sans pour autant la renier, Léonard Cohen prend ses distances à l’égard de cette chanson. Il la compare à « Szomorú vasárnap » (Sombre Dimanche, surnommée « chanson du suicide »), du pianiste et compositeur Hongrois Rezső Seress, avec les paroles de László Jávor. La légende raconte en effet que de nombreuses personnes se suicidèrent après l’avoir écoutée.
Bien qu’il ait écrit « Dress Rehearsal Rag » alors qu’il était encore un jeune trentenaire, il ne l’a pas chantée en public. C’est donc Judy Collins qui l’a, pour la première fois, enregistrée en 1966. Le thème est celui du vieillissement et de la déchéance, et des idées suicidaires que pourrait faire surgir la constatation, dans le miroir, des irréparables outrages du temps. Léonard Cohen précise que, bien que cette chanson lui ait été inspirée par sa propre expérience, il n’entretient aucune idée suicidaire. Il est en effet évident, plus de cinquante ans après la publication de cette chanson, que Léonard Cohen assume pleinement son âge et ce qu’il implique, considérant que la vie a le sens qu’on lui donne, et d’autant plus de valeur qu’elle approche de son terme. Ses derniers albums en apportent l’illustration sous de multiples angles. De fait, qu’il s’agisse de suicide ou d’euthanasie, l’écart est immense entre les idées que l’on peut émettre lorsqu’il s’agit d’un simple concept en discussion et l’attitude que l’on adopte lorsque la mort nous dévisage.
NB : Cette chanson comporte, sur le ton de l’autodérision, quelques évocations et traits d’humour noir, comme le « cimetière des éléphants », le miroir-critique (cf. Blanche-Neige), ainsi que ce que je traduirais par « le Prince de Gale », fondé sur un jeu de mot entre « Wales » (le pays de Galles) et « Wheels » (les roues ou les volants). Les rosicruciens et leurs promesses de sérénité et perfection spirituelle et morale en prennent aussi pour leur compte.
ALN


Ragtime de la Répétition Générale

Il est quatre heures après-midi
Et je n’ me sens pas très brillant
Je me dis « Où es-tu, jeune prodige ?
Où donc est ton fameux talent ?

Toi qui savait où
Les éléphants ont leur mouroir,
Prétendu prince héritier
De Gale dans la cité de l’ivoire

Jette donc, sur ton corps, un regard :
Pas grand-chose à sauver ! »
Une voix aigre crie dans le miroir :
« Hé, Prince, mal rasé, ce soir !

Si tu imposais à tes doigts
Tout tremblants de mieux se mouvoir
Tu sortirais du tiroir
Une lame pour ton rasoir. »

C’est vrai, on en est là !
Oui, on en est là !
Et n’est-ce pas une longue descente ?
Une bien étrange descente ?

Il n’y a pas d’eau chaude
L’eau froide ne coule presque pas
« Bon, à quoi peux-tu t’attendre
Quand tu vis dans un pareil galetas ?

N’ bois pas là-dedans
Ce verre ébréché est tout crasseux
Et ce n’est pas l’électricité
C’est ta vision qui baisse, mon vieux

La mousse te fait une barbe blanche
Comme à Saint-Nicolas
Es tu as un cadeau dans ta hotte
Pour quiconque t’applaudira

Ah, je te croyais un coureur
Mais tu ne tiens pas la distance
C’est un enterrement, dans le miroir
Et il s’arrête à la face »

C’est vrai, on en est là !
Oui, on en est là !
Et n’est-ce pas une longue descente ?
Une bien étrange descente ?

« Il y avait un chemin
Et une fille aux cheveux bruns
Et vous passiez l’été
A ramasser toutes les baies du coin

Parfois, elle était une femme
Oh, parfois elle n’était qu’une enfant
Et tu l’enlaçais sous les ombrages
Où poussent les framboisiers grimpants

Tu grimpais aux monts du couchant
Vantant la vue dans tes chansons
Partout où tu t’aventurais
L’amour était ton compagnon

Et ce souvenir te fait mal
Il te fait serrer le poing
Et tes veines font comme des boulevards
Au dos de ta main »

C’est vrai, on en est là !
Oui, on en est là !
Et n’est-ce pas une longue descente ?
Une bien étrange descente ?

« Tu peux trouver un job,
Un copain à qui parler
Il y a, au dos de chaque magazine,
Tous ces coupons à envoyer

Tu sais qui peut te rendre l’espoir ?
Ce sont les Rosicruciens
Tu peux trouver l’amour en diagrammes
Sur un pli de kraft brun

Mais tu as fini tous tes coupons
Hormis celui qui semble,
Avec des milliers de rêves,
Comme imprimé sur ton poignet. »

Alors, Père Noël s’avance
Un rasoir dans sa mittaine
Il met ses lunettes noires et
Te montre où trancher la veine

Et la caméra vient sur
Ton acteur-doublure
Répétition Rag,
C’est juste le Répétition Rag,
Tu sais, le Répétition Rag
C’est juste le Répétition Rag,



(Traduction – Adaptation : Polyphrène)