"You are always on my mind!"

samedi 18 mai 2013

Ballad of Yarmouth Castle





























Le 12 novembre 1965, le navire de croisière« Yarmouth Castle » entreprit la traversée de la Floride vers les Bahamas avec 552 personnes à bord. Dans la nuit, un incendie se déclara dans les soutes, et s’enchaînèrent alors les défaillances matérielles sur ce bateau construit en 1927. La peinture récente dans les escaliers et coursives s’enflamma si rapidement que l’équipage ne put déclencher les sirènes d’alarme, ni le radio envoyer de SOS. Les lances d’incendies fonctionnèrent mal ou pas du tout, plusieurs chaloupes brulèrent, tandis que d’autres ne purent être mises à la mer car les cordages et mécanismes étaient bloqués. Celles qui purent être utilisées le furent presque entièrement par des membres d’équipage (et le capitaine). Un bateau suivant le Yarmouth Castle sur la même ligne, le« Bahama Star » se porta au secours des naufragés, et s’approcha pour cela si près du navire en feu que ses propres peintures commencèrent à brûler. Au total, 90 personnes (dont seulement deux membres d’équipage) périrent dans cet incendie et le naufrage qui suivit. Les survivants et les sauveteurs témoignèrent de la lâcheté de certains, et de l’héroïsme d’autres. L’enquête révéla de nombreuses négligences et lacunes et souligna les incohérences d’une réglementation à laquelle peuvent échapper des bâtiments lorsque, comme le Yarmouth Castle, ils battent pavillon étranger.
Gordon Lightfoot, ému par cette tragédie, en fit le récit détaillé dans cette chanson, publiée en 1969, contribuant à perpétuer le souvenir des victimes.



La Ballade du Yarmouth Castle

Il est quatre heures de l’après-midi
Les ancres ont été levées
De Miami à Nassau
Les vagues, il faut braver

Cap vers le Sud par la baie de Biscayne
En mer loin de tout port
Yarmouth Castle va mourir mais l’ignore encore

Dans toutes ces années sur la mer
Il vit de meilleurs temps
Quand on largue ses amarres
Il pousse un gémissement

Le bruit de ses moteurs fatigués
Et sa coque déglinguée
De rouille disent qu’il est trop vieux pour naviguer

Mais, dans son cœur, le temps est compté
Une étincelle jaillit
Le feu couve jusqu’au soir
Sur le pont, les gens rient

A présent, les cartes sont sur la table
Bientôt, les boissons circulent
Dans la cale, tout en bas, le feu brûle

Il est minuit ; c’est la pleine mer
Et la pleine lune luit
Certains rejoignent la fête
D’autres disent « Bonne nuit ! »

Nombreux sont ceux qui dorment après
Cette journée chargée
Et no voient pas monter un peu de fumée

« Seigneur » s’écrie-t-il « Je brûle »
« Comprendrez-vous enfin ? »
Mais, au salon, l’orchestre joue
On danse et l’on n’entend rien

Sur le pont, nombreux sont ceux qui dansent
Et semblent bien s’amuser
Puis une voix dit :
« Je perds ; donnez et misez »

Dans les entrailles du Yarmouth Castle
Le feu, dans un grondement
Jaillisant dans les coursives
S’étend rapidement

Et sa peinture, comme un maquillage
Brûle, exposant son âge
C’est un feu d’enfer qui bientôt fait rage

Déjà le feu gagne l’entrepont
Le capitaine se tient
Sur le mat et dit à son second
« Seigneur, c’est la fin ! »

Car, sous la pression, les vieux tuyaux
Ne peuvent tenir
Et, en bas, les passagers
Vont bientôt mourir

Puis le bateau s’embrase en entier
De la poupe à la proue
Les gens fuient dans tous les sens
Mais le feu est partout

Cernés par la fumée noire
Ils trébuchent et s’égarent
Tandis qu’en chaloupe, le capitaine part

Mais alors, le Bahama Star
Arrive à toute vapeur
Et voit le bateau brûler
C’est une vision d’horreur

« Sautez, sautez donc, malheureux.
On vous sauvera si l’on peut »
Mais les cheminées sont gagnées par le feu

« Que Dieu accueille ceux qui, en bas
Sont prisonniers et meurent.
Louons Dieu pour les rescapés
En ce jour de malheur »

Beaucoup se comportent en héros
Mais le temps va leur manquer
Car le navier entier
N’est plus qu’un brasier

Oh, le Yarmouth Castle pleure, et
Comme un enfant, gémit
On l’entend, par dessus le feu
Qui gronde et qui rugit

Pleure-t-il pour ceux qui meurent sous ses tôles
Qui se tordent et qui fondent
Ou pleure-t-il sur lui-même ? Je me le demande.

Mais les rescapés, sur le pont
Du Star pourront bientôt
Conter comment leur bateau
Fut englouti par les flots

Comme un petit navire en bois
Le feu brulait encore
Lorsqu’il disparut sous l’eau
Quand vint l’aurore

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 12 mai 2013

Stranger on the shore










Cette fabuleuse  mélodie, initialement appelée « Jenny » fut écrite par Bernard Stanley (Acker) Bilk (photo) pour sa fille (Jenny, of course), puis choisie, en 1961, pour thème musical d’une série télévisée de la BBC, “Stranger on the shore”, racontant l’histoire d’une jeune française venue en Angleterre comme jeune fille au pair. Le générique de la série la montrait, le regard tourné vers la France, au dessus du « Channel ». Ma tentative de traduction en français est donc une façon de rendre hommage à cette vaillante petite française exilée.
Le succès de la mélodie fut rapide et monumental. Ce n’est que secondairement (1962) que Robert Mellin écrivit des paroles, et la chanson fut alors appelée, logiquement, « Stranger on the Shore » et chantée par Andy Williams, The Drifters, puis Roger Whittaker, parmi d’autres.
Une mélodie d’une telle beauté ne peut en effet laisser indifférent. Elle s’insinue dans l’esprit au point qu’elle semble y avoir toujours été. On a l’impression de la connaître, même si on l’entend pour la première fois.
Et on ne l’oublie pas. L’équipage d’Apollo 10 en emporta un enregistrement lors de sa mission sur la lune, ce qui se comprend fort bien. J’ai moi-même (re)découvert cette mélodie en écoutant, dans ma voiture, une compilation des années soixante, alors que j’étais bloqué depuis 1h30, dans un embouteillage monstrueux. Ce n’était, certes, pas comparable à l’odyssée des astronautes, mais la mélodie de « Stranger on the shore », que j’ai écoutée « en boucle » jusqu’à l’arrivée, a eu un effet formidablement apaisant, et je suis parvenu à destination trop tard, mais serein.
« Stranger on the shore » fait même partie des suggestions de certaines sociétés de pompes funèbres pour l’organisation de funérailles ! Après avoir joué cette mélodie pendant plus de 50 ans, Acker Bilk lui-même s’en dit « gavé ».
Moi, pas !



Etranger Sur La Rive

Je reste là, regardant la marée
Si seul et désolé
Toi pour toute pensée

Ton bateau m’abandonne sur la grève
Emportant tous mes rêves
Tu t’en vas et j’en crève

Et les vagues soupirent
J’entends le vent gémir
Mes larmes, mon amour
Implorent ton retour

Pourquoi, pourquoi, faut-il tourner la page ?
Je reste un étranger, tout seul sur le rivage

Et les vagues soupirent
J’entends le vent gémir
Mes larmes, mon amour
Implorent ton retour

Pourquoi, pourquoi, faut-il tourner la page ?
Je reste un étranger, tout seul sur le rivage

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 5 mai 2013

Sundown










Bien que “Sundown” soit l’une des plus célèbres chansons de Gordon Lightfoot, elle reste un mystère et fait l’objet des rumeurs et suppositions les plus diverses. L’interprétation la plus généralement admise, bien que l’auteur lui-même ne l’ait jamais explicitement confirmée, se rapporte à un épisode douloureux de sa vie, avec une liaison tumultueuse sur fond d’alcool et de drogue, se mêlant à la passion et à la culpabilité de l’infidélité. Il est vrai que le sens de certaines phrases - clefs est plus apparent dans ce contexte : « When I get feelin' better when I'm feelin' no painsuggère alors la sensation de bien-être relatif et d’anesthésie que peuvent apporter l’alcool et les drogues, mais c’est aussi l’impression que peut temporairement donner le fait de succomber à une tentation. Quoi qu’il en soit, l’ensemble exprime une profonde souffrance mais aussi une fascination voire une captivité, et les paroles de Gordon Lightfoot peuvent dès lors s’appliquer à toutes ces situations que l’on peut rencontrer au cours de la vie, lorsque l’on cède à ses « démons » tout en sachant pertinemment le mal qui en résultera, pour soi et pour les autres. C’est dans cette perspective que j’en ai rédigé la traduction, Sundown désignant dès lors la femme alors que d’autres y voient plutôt le rival ("la brune", terme aujourd'hui inusité, mais encore employé par Georges Brassens dans certaines de ses chansons, désignait le soir, et m'a donc paru une traduction acceptable de "sundown", synonyme de "sunset", coucher de soleil).


La Brune

Je la vois d’ici, allongée en robe de soie
Dans une chambre où l’on fait ce que l’on n’avoue pas
La Brune, prends bien garde à toi
Si je te prends à roder derrière chez moi
La Brune, prends bien garde à toi
Si je te prends à roder derrière chez moi

On dirait une reine dans le rêve d’un marin
Elle ne dit pas tout mais n’en pense pas moins
Parfois, je trouve ça honteux
Quand je ne souffre pas, quand je me sens un peu mieux
Parfois, je trouve ça honteux
Quand je ne souffre pas, quand je me sens un peu mieux

Je vois bien qu’un homme a beau faire tout ce qu’il peut
Sa première erreur est d’en tomber amoureux
La Brune, prends bien garde à toi
Si je te prends à roder derrière chez moi
Parfois, je pense que c’est mal
Quand je crois que je gagne quand c’est l’échec total

Elle me paraît frivole dans ses jeans délavés
Son amour est si vache que j’en deviens mauvais
Parfois, je trouve ça honteux
Quand je ne souffre pas, quand je me sens un peu mieux
La Brune, prends bien garde à toi
Si je te prends à roder derrière chez moi

La Brune, prends bien garde à toi
Si je te prends à roder derrière chez moi
Parfois, je pense que c’est mal
Quand je crois que je gagne quand c’est l’échec total

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)