lundi 17 juin 2019

Shades of Scarlett Conquering




 




Cette chanson de Joni Mitchell (album « The Hissing of Summer Lawns ») est à la fois mystérieuse, limpide, et fascinante.
  • Mystérieuse par les allusions (un passé de souffrances, les cauchemars) et les allégories (le feu, le martyre).
  • Limpide par la description d’une personnalité à la fois narcissique, volontaire, ambitieuse, et impitoyable, s’inspirant de Scarlett O’Hara, héroïne de « Autant en emporte le vent », mais évoquant aussi, pour certains, Blanche DuBois » dans « Un Tramway nommé Désir ».
  • Fascinante, par cette description toute en nuances (ou teintes dominées par le rouge-sang) d’un personnage à la fois détestable et touchant par sa transparence, apparaissant victime de ce qu’en a fait la vie autant que blâmable pour ses vicissitudes.

ALN


Ombrées de Scarlett Conquérante

Comme montant du bûcher d’une sainte
Vient Scarlett et sa longue plainte
Elle voit, jouant l’empathique
Sa vie en film romantique
Descendre un beau chevalier d’opérette
S’étreindre des amants de scène
Plantations, grands bals et belles toilettes
Lui font perdre haleine

En plein vent, et en crinoline
Suivant l’esprit de Gable et Flynn
Par des figurants et des doublures
Magnolias d’espoir sur sa chevelure
Formée à l’école du charme sudiste
Elle aime que rien ne lui résiste
Et tout homme au monde qui lui tend le bras
Plus tôt que tard paiera

« Pas si fière » disent ses amis
« Pas si fort » crient les voisins encore endormis
« Bloc de glace » disent amants frustrés
Difficile d’être aimable, et livrée
Chaque nuit à des cauchemars
Hantée par des idées noires
Elle se cache les yeux lors des scènes porno
Fuyant le scénario

Beauté, folie, gagnent louanges
Car c’est dur d’avoir le courage
Dans un tel besoin, de marcher
Sous le poids d’une telle avidité
En habits volés elle se tient
Frêle dame de fer
Les ongles de ses si douces mains
Tout de rouge-sang couverts

Sortant du feu, encore incandescente
Elle dit « Une femme doit tout obtenir »
Ombrées de Scarlett conquérante
Elle dit « Une femme doit tout obtenir »

Traduction - Adaptation : Polyphrène
sur sur une suggestion et avec l'aide de Michaël Midoun

vendredi 8 mars 2019

It's Happening Again











Agnes Obel nous entraîne encore dans son univers onirique, mêlant les temps jusque dans la syntaxe pour exprimer comment le passé construit et contraint le présent et détermine l'avenir. Les souvenirs qui nous hantent s'imposent à nous et altèrent notre vision, mais plus tenaces et plus dominateurs sont encore ceux qui restent enfouis au plus profond de la mémoire, hors de vue de la conscience. Heureux ou malheureux, les souvenirs gardent toute leur force et nous pouvons revivre, ressentir mille fois la même émotion, avec autant, si ce n'est plus de force qu'à son origine car est elle devenue, de par sa source, immuable.
ALN



Il Advient Encore

Je jure que c’est vrai
L’passé n’est pas mort
Il est vivant ; il advient encore
Là, au fond de ma tête

Ni futur, ni passé
Ni lois du temps
Ne peuvent défaire ce qui advient
Quand je ferme les yeux
Et, avec étoiles et lune
Je m’éveillais la nuit
Au même endroit
Pour me sauver à mes yeux
Il advient, il advient, il advient encore
Il advient, il advient, il advient encore

J’ai pris un jour ou deux
D’exil de la lumière
Pour étendre ce prisonnier
Qu’on nomme esprit

Et pour un bref instant
Nous stopperions le temps
Mais, avec étoiles et lune
Je m’éveillais la nuit

Au même endroit, il faisait voile devant mes yeux
Il advient, il advient, il advient encore


Traduction - Adaptation : Polyphrène