"You are always on my mind!"

samedi 2 février 2013

Song To The Siren









Au grand mât ligoté par ses compagnons sourds,
Ulysse fasciné observe les sirènes
Et, charmé par leur chant, s’étonne et s’interroge :

"Où regardent ces yeux qui chantent, et rient, et dansent ? Et que voit ce regard chaud comme un grand soleil ? A qui va ce sourire qui désarme et soumet ? Et que dit cette voix si proche, si douce, si pure ?

Sourit-elle à l’amour que mon cœur lui proclame ?
Ne voit-elle pas comment son seul regard m’enflamme ?
Peut-elle ne pas savoir qu’il n’y a plus qu’elle et moi ?
Et peut-elle ignorer qu’elle me promet tout 
Par ses yeux, par sa voix, par ses cheveux dorés ?

Mais mon âme embrasée par sa beauté donnée
Ne sait plus qu’admirer et je reste muet
Immobile
Invisible
Effacé
Rêvant d’être un miroir reflétant sa beauté
Rêvant d’être le vent qui caresse sa joue
Rêvant d’être lumière pour plonger dans ses yeux
Et rêvant d’exister, un peu, pour être deux.

Plutôt que de rêver, fallait-il écouter
Circé ?
Faut-il cesser de croire qu’une si belle voix
Ne pourrait s’adresser à nul autre que moi ?
Faut-il admettre enfin que vieux, triste, et brisé
Médiocre et suranné, terne et désabusé,
Je ne peux refléter que les derniers rayons
Et ne peux  être vu que d'Hadès et Charon ?"


Song To The Siren” est la plus célèbre chanson de Tim Buckley. Cet emprunt à la mythologie grecque lui permet d’exprimer avec pudeur pourquoi des regards peuvent se croiser sans se rencontrer, et comment un cœur avide concentre la chaleur d’une voix pour s’enflammer comme la loupe concentre les rayons du soleil.
Mais, le soleil, lui, ça ne lui fait ni chaud ni froid !

Au passage, Tim Buckley nous gratifie d’une métaphore aussi géniale que triviale, démontrant que l’humour échappe à toute convention : As puzzled as the oyster”. Cette expression, restée célèbre, a cependant disparu des versions ultérieures de cette chanson, où elle a été remplacée par “As puzzled as a newborn child”.
Quant à savoir pourquoi l’huitre est ébaudie, certains pensent que son étonnement fait suite à la découverte d’une perle, quand d’autres imaginent sa rétraction stupéfaite sous l’effet de la goutte de citron, avant d’être dévorée vivante, ce qui nous ramène au mythe des sirènes qui attiraient les marins sur les récifs pour les dévorer !

PS: Merci à PB pour ses suggestions, et longue vie à Charleville Action Jazz !




Chanson pour la Sirène

Sur des mers désertes, j’errais longtemps
En m’efforçant de sourire
Jusqu’à ce que tes yeux chantants
D’amour, vers ton ile, m’attirent
Tu chantais :
« Vogue vers moi,
Vogue vers moi
Et viens me rejoindre
Me voilà
Me voilà
Brûlante de t’étreindre »

Rêvais-je que tu rêvais de moi ?
Etais-je loup et toi chevreuil ?
Mon bateau d’amour gît là
Fracassé sur tes écueils
Car tu chantes : « Non, ne me touche pas ; on verra demain »
Oh, mon cœur, Oh, mon cœur, tu fuis le chagrin

Comme une huitre, je suis sidéré
Et troublé comme la marée
Dois-je me dresser sur les rochers
Où, la mort, dois-je épouser ?
Et je chante :
« Nage vers moi,
Nage vers moi
Et viens me rejoindre
Me voilà
Me voilà
Brûlant de t’étreindre »

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

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