vendredi 2 octobre 2015

To A Teacher








Sur un fond musical discret mais répétitif et presque obsédant, Léonard Cohen s’adresse au poète canadien dont il a suivi les traces à l’Université McGill de Montréal, et qu’il considère comme son maître : Abraham Moses Klein, reconnu comme l’un des plus grands poètes canadiens. Comme lui, Léonard Cohen a largement puisé son inspiration dans la culture et la religion juives, mais l’œuvre d’A.M. Klein lui a sans doute plus servi de base que de modèle. Dans « To a Teacher », Léonard Cohen évoque la maladie mentale qui affecta A.M. Klein pendant la dernière décennie de sa vie et l’enferma peu à peu dans le silence et la solitude.
Le silence est-il le dernier message du prophète ? La solitude est-elle le dernier refuge du poète ? Le monde est-il si vain et si dur que l’on ait d’autre choix que s’en retirer ? Léonard Cohen partage la souffrance de son mentor et lance avec lui un appel pathétique… et muet.
 
ALN


A Un Maître

Contraint à jamais au silence
La douleur prenant fin sans qu’une chanson le prouve

Qui était avec vous, si près d’Eden
Quand, aux yeux de tous, vous brandissiez le rasoir
Faisant trembler fils et béliers ?

Maintenant, l’asile silencieux
Où les ombres vivent dans les charpentes comme des chauves-souris
Puis, changement d’esprit, un signal radar
Les pousse
A grossier, comme une montagne, sur le blanc mur de pierre
Votre boiterie

Comment vous laisser dans cette maison ?
N’y-a-t-il plus ni saints ni sorciers
Dont faire l’éloge aux disciples ?
Plus de diable à assommer d’un coup de langue rouge et moite ?
Avez-vous cru voir le Messie dans la glace
Et dormez-vous car il est enfin là ?

J’appelle au secours avec vous, Maître
Je suis entré sous ce sombre toit sans plus de peur
Qu’un fils honoré dans la maison de son père.


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

mardi 22 septembre 2015

Because Of







Léonard Cohen est souvent décrit comme un beau ténébreux, un dandy, un homme à femmes, et certains veulent en trouver la preuve dans sa biographie. Il considère pourtant lui-même que cette réputation n’est pas fondée, et, dans nombre de ses chansons, évoque sa difficulté à maintenir ou développer une relation amoureuse. Dans « Because Of », il s’en explique un peu plus, considérant que les femmes sont sensible au regard qu’il porte sur leur être profond (et supposé mystérieux), et se présentent à lui comme pour conforter et étendre, par d’infinies variantes, sa vision de la féminité.
Léonard Cohen a enregistré cette chanson sur son album « Dear Heather », en 2004, donc à l’âge de 70 ans. Près de dix ans plus tard, il montait encore sur scène et enregistrait de nouveaux albums. Va-t-il reprendre cette chanson et chanter « Women have been exceptionally kind to my very old age » ? Sans pour autant accorder du crédit à sa réputation, on peut légitimement se demander si les femmes ont attendu son grand âge pour être touchées par son regard et ses paroles…
 
ALN


Grâce à…

Grâce à quelques chansons
Dans lesquelles j’évoquais leur mystère
Les femmes sont étonnamment gentilles
Pour mon vieil âge

Elles gardent un lieu secret
Dans leurs vies actives
Et elles m’y conduisent

Elles s’y mettent à nu
Chacune à sa manière
Et me disent :
« Regarde-moi, Léonard
Regarde-moi une dernière fois »
« Regarde-moi, Léonard
Regarde-moi une dernière fois »

Puis elles se penchent sur le lit
Me bordent et me couvrent comme un bébé
Frissonnant de fièvre


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 29 août 2015

Do Have I To Dance All Night?








Fort peu connue car Léonard Cohen ne l’a chantée que pendant sa tournée de 1976, et ne l’a enregistrée qu’en 45 tours, « Do Have I To Dance All Night » est considérée par certains amateurs érudits comme la quintessence des chansons de Léonard Cohen. On peut y trouver en effet ce mélange caractéristique de séduction, de sexe et d’érotisme, mais aussi d’ironie et d’autodérision avec une pointe de cynisme qui constituaient les ingrédients de ses chansons à cette époque. Par comparaison, ses derniers albums peuvent paraître bien différents, dominés par spiritualité, humilité, et sensibilité. Qu’elles soient assouvies ou assagies, les pulsions qui aiguillonnent la jeunesse font place à la prétendue sagesse qui prélude à la vieillesse. Mais, comme le chante Mouloudji (sur une mélodie de Gaby Verlor) : « L’âge ne donne pas de raison, c’est la raison qui prend de l’âge ». Il est vrai que certains thèmes et certains termes, énoncés par des « jeunes », sont considérés avec une indulgence amusée (« Il faut bien que jeunesse se passe ») alors qu’ils seraient jugés choquants ou incongrus dans la bouche d’une personne « d’un certain âge ». Au fil des années, la poésie de Léonard Cohen a certainement évolué, bien qu’érotisme et mysticisme y soient restés intimement liés. Il s’en dégage aujourd’hui une forme de philosophie fondée sur la lucidité (que beaucoup confondent avec une forme de dépression), mais aussi de responsabilité, celle du chanteur qui sait qu’il touche les cœurs et se doit de leur apporter un message non pas de gaité, d’espoir ou de rébellion, mais simplement d’humanité, au sens le plus fondamental du terme. Cela n’est pas encore apparent dans « Do I Have To Dance All Night », mais c’est bien le même Léonard Cohen dont la voix fait son chemin à travers les failles de nos apparences.
 
ALN


Dois-je Danser Toute La Nuit ?

J’ai quarante ans, la lune est pleine
Tu me touches mieux que moi-même
Et tu fais très bien l’amour
Petite demoiselle, je t’aime
Tu es si fraîche, si nouvelle
Je t’apprécie, chérie
Je n’aime rien autant, ma belle
Que de remuer ainsi

Mais dois-je danser toute la nuit ?
Mais dois-je danser toute la nuit ?
Dis-moi, oiseau du Paradis
Dois-je danser toute la nuit ?

Tu n’es pas tenue de me dire, eh bien
Ce que tu penses de moi, et puis
Disons que je vais bien
Mais dois-je danser toute la nuit ?

Dois-je danser toute la nuit ? …

J’ai étudié ce pas, jadis
Et je l’ai répété quand tout le monde dormait
Je t’ai attendue la moitié d’ ma vie
Je n’ pensais pas que tu accepterais
Et tu es devant mes yeux éblouis,
Disant « Oui, oui, oui ! »

Mais dois-je danser toute la nuit ?
Mais dois-je danser toute la nuit ?
Dis-moi, oiseau du Paradis
Dois-je danser toute la nuit ?


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)