dimanche 8 avril 2012

Humbled In Love


Do you remember all of those pledges
That we pledged in the passionate night
Ah they're soiled now, they're torn at the edges
Like moths on a still yellow light

No penance serves to renew them
No massive transfusions of trust
Why not even revenge can undo them
So twisted these vows and so crushed

And you say you've been humbled in love
Cut down in your love
Forced to kneel in the mud next to me
Ah but why so bitterly turn from the one
Who kneels there as deeply as thee

Children have takes these pledges
They have ferried them out of the past
Oh beyond all the graves and the hedges
Where love must go hiding at last

And here where there is no description
Oh here in the moment at hand
No sinner need rise up forgiven
No victim need limp to the stand

And you say you've been humbled in love...

And look dear heart, look at the virgin
Look how she welcomes him into her gown
Yes, and mark how the stranger's cold armour
Dissolves like a star falling down

Why trade this vision for desire
When you may have them both
You will never see a man this naked
I will never hold a woman this close

And you say you've been humbled in love...



La passion n’a qu’un temps et les pulsions s’estompent.
La sincérité exaltée des premiers jours ne résiste pas à l’usure. Les « toujours » vieillissent, et les serments s’affadissent.
Viennent les enfants et, si l’amour grandit dans le partage, chacun doit trouver sa place, jouer son rôle, et s’écarter un peu du centre du monde.
Le romantisme se dilue dans le quotidien prosaïque, et les irréparables outrages du temps pourraient rendre sordides les gestes mêmes de l’amour.
Si l’amour semble alors disparaître, c’est qu’il est simplement caché, intégré, incarné… et indestructible : c’est « le doux, le tendre, le merveilleux amour » des vieux amants. Jamais deux êtres n’ont été si proches, si formidablement unis, et il n’est pas plus grande force pour affronter la déchéance de la vieillesse et de la mort que d’être deux, tout simplement.
Cet amour là ne se juge pas. Il ne connaît ni coupable ni victime. Le désir n’est pas sa cause mais son effet. Ce n’est plus seulement un sentiment mais une vision ; ce n’est plus seulement un plaisir mais un bonheur.
Il ne pose qu’une condition, nous dit Léonard Cohen : l’humilité.



Humiliée en Amour

Te souviens-tu de toutes ces promesses
Que nous faisions cette nuit de passion
Elles sont souillées, écornées, mises en pièces
Comme des mites autour d’un lampion

Nulle pénitence pour les renouer
Nulle transfusion de confiance
Même la vengeance ne peut les dénouer
Tant elles se tordent et se froissent

Tu dis être humiliée en amour
Rationnée d’amour
Mise à genoux dans la boue près de moi
Mais pourquoi éconduire celui qui vient pour
S’agenouiller plus bas que toi

Les enfants ont pris ces promesses
Ils les ont convoyées hors du passé
Au delà des tombes, là où les haies cessent
Où l’amour devra se cacher

Là où nul signalement n’est donné
Là, en cet instant, pas plus tard
Nul pécheur ne se lève pardonné
Nulle victime ne boite à la barre

Tu dis être humiliée en amour…

Et vois, mon cœur, vois la vierge et
Vois comme elle l’accueille dans sa robe béante
Et comme la froide armure de l’étranger
S’estompe comme une étoile filante

Vision pour désir : pourquoi troquer
Tous deux à ta portée
Un homme plus nu tu n’ verras jamais
Ni ne tiendrai une femme de plus près

Tu dis être humiliée en amour…


(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

Brother Sparrow

Voices in the street,
Footsteps on the concrete
Guess I hear just every sound,
On the ground
From my window view,
I know a color blue
I can bite so very hard,
The day apart

Picture fresh as water clear
Days have passed without you here
Street lights dancing on the dark
Across the park
Waiting for a word from you,
Waiting for a sign or two
Footsteps on the city ground,
You know the sound

Brother Sparrow, oh oh oh oh,
Come tomorrow, oh oh oh oh,
To my window, oh oh oh oh,
Brother Sparrow, oh oh oh oh,
Come tomorrow, oh oh oh oh,
To my window, oh oh oh oh.




Agnes Obel chante avec une infinie délicatesse l’absence qui ne nous quitte pas :
Celle qui nous fait attendre un mot, une lettre, un signe.
Celle qui nous fait sursauter lorsque l’ombre d’un arbre qui s’agite sous le vent dans la rue passe subrepticement sur le mur.
Celle qui nous fait croire entendre la voix ou le pas familiers au moindre bruit fortuit.
Celle qui nous donne l’envie furieuse de nous projeter dans le ciel pour embrasser d’un regard la terre entière et ne plus être seul.
Celle qui nous fait parler au moineau qui se pose un instant, tourne la tête ici et là, ne semble pas nous voir, et repart d’un coup d’aile…
Mais nous restons là, cloués au sol, sans ailes, sans elle, sans rien.


Frère Moineau

Des voix dans l’allée
Des pas sur la chaussée
Je perçois le moindre bruit
D’où je suis
Depuis ma fenêtre
Je sais pouvoir mordre
Très fort une couleur bleue pour
La prendre au jour

Image fraîche comme l’eau vive
Les jours passent sans que t(u) arrives
L’ombre danse à la lumière
Des réverbères
J’attends de toi des nouvelles
J’attends un signe, un appel
Bruits de pas sur la chaussée
Que tu connais

Frère moineau, oh oh oh oh
Reviens bientôt oh oh oh oh
A mon carreau oh oh oh oh
Frère moineau, oh oh oh oh
Reviens bientôt oh oh oh oh
A mon carreau oh oh oh oh

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

dimanche 1 avril 2012

Anthem

The birds they sang
At the break of day
Start again
I heard them say
Don't dwell on what
Has passed away
Or what is yet to be

The wars they will
Be fought again
The holy dove
Be caught again
Bought and sold
And bought again
The dove is never free

Chorus:
Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That's how the light gets in

We asked for signs
The signs were sent
The birth betrayed
The marriage spent
The widowhood
Of every government
Signs for all to see

Can't run no more
With the lawless crowd
While the killers in high places
Say their prayers out loud
But they've summoned up
A thundercloud
And they're going to hear from me

Chorus

You can add up the parts
But you won't have the sum
You can strike up the march
There is no drum
Every heart
To love will come
But like a refugee

Chorus




Rien n’est jamais acquis, ni la paix, ni l’amour.
Rien n’est jamais sincère, pas même la prière.
Rien n’est jamais certain, ni la foi, ni le don.
Haine et cupidité, mensonge et trahison resurgissent toujours et menacent l’espoir.
La guerre est un commerce, la paix une monnaie.
De croisade en jihad, on tue au nom de Dieu.
L’homme écrit dans le ciel qu’il pollue et déchire de ses actes imbéciles les signes indélébiles de son apocalypse.
Faut-il se résigner ? Faut-il désespérer lorsque tout est cassé, la vie, même, brisée ?
C’est pourtant par ces plaies, ces cassures, ces fêlures, par tous ces interstices que le malheur obture, que passe la lumière qui rappelle l’espoir.
Et le cœur fracassé la suit comme une étoile pour chercher dans l’amour un refuge.

Léonard Cohen dit avoir mis plus de dix ans pour écrire cette chanson. De fait, on y trouve la quintessence de sa poésie, mais aussi toute sa perception du monde et de la vie – presque son message. Rien n’est parfait « ici bas », dit-il, mais tous les défauts, toutes les imperfections, dès lors qu’on les reconnaît, montrent la direction et suivre et donnent un sens au chemin.
Et, sur ce chemin, les quelques cloches qui peuvent encore sonner nous appellent à nous rassembler.



Hymne

Les oiseaux chantaient
Dans le jour qui naît
« Recommence »
Disaient-ils, et
« Ne ressasse pas
Ce qui est passé
Ou qui, peut-être, arrive »

Les guerres seront
Encore livrées
La tourterelle
Re-capturée
Payée, vendue
Et repayée,
Sera toujours captive

Refrain :
Sonnent les seules cloches qu’on entende
Oublie donc ta parfaite offrande
En chaque chose une crevasse
Par où la lumière passe

Les signes voulus
Furent envoyés
Naissance trahie
Mariage usé
Et le veuvage
De chaque autorité
Signes que tous voient

Je n’ peux plus suivre
La foule sans loi
Quand les tueurs en haut lieu
Prient à très haute voix
Mais récoltent l’orage
Qui les foudroie
Ils entendront parler de moi

Refrain

Tu peux additionner
Les parts mais être à court
Tu peux marquer le pas
Mais sans tambour
Chaque cœur
Vient à l’amour
Mais comme un réfugié

Refrain

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)

samedi 31 mars 2012

Avenue


What is wrong at the end of the day
What is really wrong no one dares to say
You know you're wrong when there's only one right
But what is wrong when right is out of sight

Right rode away long ago
Before rescuing wrong from below
I might be mistaken
I know we need to be somewhat

Foolish, feebleminded, wrong and senseless
Right rode off long ago,
There's nothing more you need to know
There's nothing more you need to show
Let us disagree,
Cause wrong was made for you to be

What is false when we can't hear no more
And there is nothing to cover for
What is wrong in this old wasted game
May right and wrong be one and the same

Right rode away long ago
Before rescuing wrong from below
I might be mistaken
I know we need to be somewhat

Foolish, feebleminded, wrong and senseless
Right rod off long ago,
There's nothing more you need to know
There's nothing more you need to show
Let us disagree,
Cause wrong was made for you to be




Bien, Mal, Vrai, Faux, Raison, Tort : ces mots s’opposent deux à deux mais se liguent pour juger et condamner.
Agnes Obel joue avec les multiples acceptions des mots « Right » et « Wrong » qui, en anglais, peuvent désigner respectivement « bien » ou « vrai » et « mal » ou « faux », alors que la langue française distingue plus soigneusement ces concepts, en y insinuant la notion de sincérité : on peut être dans l’erreur et se comporter bien, ou faire du mal en toute bonne conscience ; être responsable mais pas coupable ; être bon par erreur ou mauvais par devoir… Seul le mot « tort » désigne à la fois l’erreur et la culpabilité.
La tentation manichéenne est toujours présente, et il est mal vu de ne pas choisir son camp. Pourtant, quelle fausse liberté que celle de se définir ou se déterminer par opposition ! Choisir le blanc contre le noir, la clarté contre l’ombre, l’envers contre l’endroit… et ne plus avoir à réfléchir, oublier les nuances, rejeter les compromis.
L’âme humaine est pourtant plus complexe et plus riche. Notre cœur peut héberger des sentiments contraires, et nos pensées peuvent appréhender la même question sous différents angles.
Dans les relations sociales ou amoureuses, chacun n’expose à l’autre qu’un côté de sa personne ou de sa personnalité, mais ses actions ou réactions expriment la totalité de son être.
Un reflet ne décrit pas toute la vérité ; un mot ne dit pas toute la pensée.
Quelle qu’en soit l’intention, toutes nos paroles et tous nos gestes peuvent être interprétés en bien ou en mal. Tant de couples se sont déchirés lorsque l’un des amants a choisi le parti pris du rejet, faisant la politique du pire, et ne retenant que la face cachée des mots pour souligner les torts supposés de l’autre.
Le bien s’en est allé, chante Agnes Obel. Peut-il encore venir au secours du mal ?


Avenue

Qu’est-ce que le mal quand le jour expire
Ce qui est vraiment mal, nul n’ose le dire
On sait qu’on a tort quand il n’y a qu’un vrai
Mais qu’est le mal quand le bien est caché

Bien, jadis, a mis les bouts
Avant de sauver Mal par dessous
Je peux bien me tromper
Je sais que nous devons être assez

Fous, faibles d’esprit, mauvais, insensés
Vrai, jadis, mit les bouts
Tu n’as rien de plus à savoir
Tu n’as rien de plus à faire voir
Je m’oppose à toi
Car Mal fut fait pour que tu sois

Qu’est le Faux si l’on n’ peut plus entendre
Qu’est le Faux s’il n’y a plus rien à feindre
Qu’y a t’il de Mal dans ce vieux jeu vain
Puissent Bien et Mal ne plus faire qu’un

Bien, jadis, a mis les bouts
Avant de sauver Mal par dessous
Je peux bien me tromper
Je sais que nous devons être assez

Fous, faibles d’esprit, mauvais, insensés
Vrai, jadis, mit les bouts
Tu n’as rien de plus à savoir
Tu n’as rien de plus à faire voir
Je m’oppose à toi
Car Mal fut fait pour que tu sois

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)