"You are always on my mind!"

samedi 1 mai 2010

The Captain

Now the Captain called me to his bed
He fumbled for my hand
"Take these silver bars," he said
"I'm giving you command."
"Command of what, there's no one here
There's only you and me
All the rest are dead or in retreat
Or with the enemy."







Grande est ma honte de présenter ma traduction de cette chanson de Léonard Cohen, alors que je découvre, au moment d'indiquer le lien vers le texte anglais, l'adaptation qu'en a faite Graeme Allwright. Je ne peux en aucune façon prétendre rivaliser avec sa créativité artistique et son sens poétique. Néanmoins, ce qui est fait est fait, et ma traduction, faute d'avoir la force et l'âme de cette de Graeme Allwright, se veut aussi littérale que possible (ce qui est beaucoup dire quand il s'agit d'un texte de Léonard Cohen, tant il est difficile de restituer tout ce que l'auteur a pu vouloir exprimer dans le choix des mots).
Il s'agit ici d'un texte sombre et désabusé, où la métaphore guerrière met en exergue l'absurdité des combats que mènent les hommes entre eux quand ils devraient unir leurs forces pour affronter ce que la nature leur oppose, leur offre, ou leur prend.




Le Capitaine

Le cap’taine m’appelle à son chevet,
Tend la main faiblement,
 « Prends ces galons, dit-il, j’ vais
Te céder l’ command’ment. »
« Command’ment d’ quoi ? Il n’y a ici
Que vous et moi ; ceux qui
Ne sont pas morts ou se sont enfuis
Sont avec l’ennemi ! »

« Te plaindre, c’est ton obsession,
Depuis notre défaite.
Si c’ n’est pas la crucifixion,
Alors c’est l’holocauste ! »
« Que Dieu vous pardonne d’oser
Pour rire, blasphémer
Parmi ces cœurs carbonisés,
Ces chairs qui partent en fumée »

« Je sais que tu as souffert, mon gars,
Pourtant, je dois te dire :
Tout c’ qui fait pleurer un soldat,
Un tueur, ça l’ fait rire. »
« Capitaine, je dois m’en aller ;
Il y a du sang sur vos mains.
Connaissez-vous, pour m’installer,
Mon capitaine, un bon coin ? »

« Il n’ peut pas y avoir de bon coin
Au cœur d’une tuerie,
Mais si une femme prend ta main,
Va, et sois son mari. »
« Je laisse une femme au Tennessee,
Une poupée à Saïgon.
Mais je n’ai pas risqué ma vie
Pour entendre cette chanson »

« Si tu n’ peux élever ton amour
Beaucoup plus haut que toi,
Tu es l’homme que je cherche depuis toujours ;
Viens combattre avec moi. »
« Vous n’êtes plus un combattant ;
Vous n’ me recruterez pas.
Je n’ sais pas même dans quel camp
Ni pourquoi on combat ! »

« Je suis du côté du perdant,
Contre le côté du Ciel,
Du côté des yeux-de-serpent*
Lancés contre le naturel ;
Et, les Droits de l’Homme, je les ai lus :
Il y a du vrai, mais
Il n’y avait rien à faire de plus,
Donc, à toi je m’en remets. »

Pour le capitaine, c’était la fin
Mais il n’était pas troublé.
Les galons étaient dans ma main,
Je m’ les suis épinglés.



(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


* Les termes "yeux-de-serpent", "ciel", "naturel" se réfèrent aux différentes combinaisons de dés que l'on peut obtenir en jouant au "Craps". Je ne connais personnellement rien aux jeux, mais c'est l'occasion de m'instruire... Merci qui ? Merci Wiki  !



2 commentaires:

  1. Bonjour,

    j'ai indiqué votre blog sur le forum du site français Leonard Cohen parce que j'ai été captivée par vos traductions. Beaucoup de membres y cherchent les traductions les plus pertinentes possibles. Je doute qu'il soit vraiment possible de faire l'unanimité tant chacun insère sa propre sensibilité … Ça donne parfois des discussions sans fin qui nous permettent à la fois de mieux comprendre les chansons et de nous connaître un peu ! En tout cas, je vous adresse toute ma considération !
    Elisabeth

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  2. Merci, Elisabeth, pour votre message et votre appréciation que je prends comme un encouragement. Il semble que nous partagions la même passion pour la chanson, et que Léonard Cohen soit pour nous une référence majeure. Le site français de Léonard Cohen me paraît remarquable à divers égards, notamment par la qualité des échanges qu'il permet, et par son indépendance. J'inclus un lien vers ce site avec chacune de mes traductions de chansons de Léonard Cohen, et je découvre alors d'intéressantes informations et opinions qui me permettent de mieux comprendre ces textes, particulièrement difficiles. Mes traductions sont un travail d'amateur - passionné, certes - mais d'amateur néanmoins. Les remarques, critiques, et suggestions me sont donc très utiles. En outre, je mesure ainsi à quel point pouvoir communiquer autour d'une passion commune est vital.
    Encore merci - Bien amicalement.
    "Polyphrène"

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