"You are always on my mind!"

mercredi 21 janvier 2009

Last Year's Man


"The rain falls down on last year's man,
That's a jew's harp on the table, that's a crayon in his hand.
And the corners of the blueprint are ruined since they rolled
Far past the stems of thumbtacks that still throw shadows on the wood.
And the skylight is like skin for a drum I'll never mend
And all the rain falls down Amen
On the works of last year's man."
[...]





Qui d'autre que Léonard Cohen pourrait avoir rédigé ce texte, écrit cette mélodie lancinante, et chanter cela d'une voix gutturale pour créer une atmosphère d'ombre et de mystère ?

Le mystère est épais, en effet, et la traduction n'en est que plus difficile. Le sens étant obscur, chaque mot est supposé avoir un sens, et la traduction se doit de le respecter... au bénéfice du doute !

J'ai donc longtemps reporté à plus tard la traduction de ce texte, et j'ai dû accepter d'appauvrir la rime pour respecter le mot. A vous de juger (ou à l'auteur, s'il daignait se pencher sur mon modeste ouvrage) !


L’homme de l’an passé

Il pleut sur l’homme de l’an passé.
C’est une harpe juive sur la table, c’est un crayon dans ses doigts,
Et les esquisses sont écornées tant elles se sont enroulées
Bien au-delà des épingles dont l’ombre s’étend sur le bois,
Et le ciel est comme la peau d’un tambour à jamais percée
Et toute la pluie tombe sur, Amen
L’œuvre de l’homme de l’an passé.


J’ai vu une dame ; elle jouait dans l’ombre avec ses soldats.
Oh ! Un par un elle devait leur dire que son nom était Jeanne d’Arc

J’étais dans cette armée ; oui, quelque temps j’y suis resté
Je veux te remercier, Jeanne d’Arc, de m’avoir bien traité.

Mais bien que portant l’uniforme, je n’suis pas né pour la guerre ;
Tous ces blessés gisent à tes côtés ; bonsoir, amis, bonsoir.


J’ai rencontré des noces que de vieilles familles avaient conviées
Bethléhem était l’époux, Babylone la mariée.
Grande Babylone était là, tremblante pour moi, elle était nue
Et Bethléhem nous embrasa comme à une orgie l’ingénu.

Qand nous nous sommes affalés, nos chairs formaient un voile que
J’ai dû écarter pour trouver le serpent mordant sa queue.

Certaines femmes attendent Jésus, et d’autres attendent Caïn
Et sur l’autel, à nouveau, j’ai brandi ma hache en main
Je prends celui qui me retrouve au début de l’essentiel
Quand Caïn était juste l’homme et Jésus la lune de miel,
Et nous lisons dans de belles Bibles, réliées de sang et peau
Que le désert veut rassembler ses enfants à nouveau.

Il pleut sur l’homme de l’an passé
Une heure est passée, sa main n’a pas avancé,
Pourtant tout peut arriver si seulement il donne le nom ;
Les amants surgiront, les montagnes s’aplaniront,
Mais le ciel est comme la peau d’un tambour à jamais percée
Et toute la pluie tombe sur, Amen
L’œuvre de l’homme de l’an passé

(Traduction : Polyphrène)

3 commentaires:

  1. Je ne trouve rien à redire à ta traduction, cher Polyphrène, peut être parce que tu prétends ne pas comprendre le texte et que tu l'as laissé ouvert à ses mystères…
    Je ne prétends pas le comprendre mieux que quiconque, mais je propose une interprétation. Il me semble que Leonard Cohen parle ici avec une sincérité totale, du travail de création, de sa pénibilité. Les références à Jeanne d'Arc ou à la Bible ne sont pas autre chose, à mon avis, que des évocations de ses chansons achevées. C'est comme s'il croyait que ses œuvres lui avaient été données, ce qu'il ressentirait comme une bénédiction. À l'inverse, l'incapacité présente (une heure s'est écoulée et sa main n'a pas bougé) est vécue dans le désespoir de l'abandon : Si la forme parfaite est donnée, il est logique que l'insatisfaction pèse comme une punition.
    Je n'imagine pas que Leonard Cohen puisse encore interpréter cette chanson maintenant. "Enchainé par 27 anges à sa table de travail", il sait que seuls son propre talent, ce qu'il est, et le travail continu ont construit son œuvre.
    Je n'avais pas écouté cette chanson depuis longtemps, elle n'a pas quitté mon esprit toute cette semaine.

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  2. En effet, relisant aujourd'hui ce texte, de nombreux mois après avoir tenté de le traduire, je trouve ton éclairage tout à fait pertinent. Il est vrai que, depuis, j'ai un peu progressé, grâce à toi et aux habitués du Forum du Site Français de Léonard Cohen, dans mon appréhension de ses textes, sans aucunement prétendre les comprendre, car ce serait les figer. On retrouve donc, dans "Last Year' Man", le poète prisonnier de son "don". J'adhère aussi à ta remarque à propos du cheminement qui amènerait aujourd'hui LC à s'écarter (ou se libérer) de la notion de "don" (qui sous-entend, plus ou moins, "divin", et implique "destin") pour celle, plus simplement, d'état ou d'être, alliant l'inné et l'acquis pour définir le rôle que l'individu peut jouer dans la société, et le "talent" qui lui est reconnu lorsque ce rôle est en adéquation avec son être. Clairement, le rôle de LC est, en tant que poète, de créer et transmettre l'émotion, et de nous transporter au delà de nous-mêmes. Jouer pleinement ce rôle impose des sacrifices, pour lui et pour son entourage, et génère d'autant plus de souffrance que le propre du poète est d'être tout particulièrement sensible et perceptif. Si l'on suit le fil, on en revient encore à la discussion "classique": la sérénité fait-elle obstacle à la créativité ?
    Encore merci pour cet éclairage et cette contribution, qui "polyphonisent" fort heureusement ce blog.

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  3. The rain falls down on last year's man,
    an hour has gone by
    and he has not moved his hand.
    But everything will happen if he only gives the word;
    the lovers will rise up
    and the mountains touch the ground.
    But the skylight is like skin for a drum I'll never mend
    and all the rain falls down amen
    on the works of last year's man.

    and if he only gives the words...le plus important est d'ecrire, de prononcer ces mots et les amoureux renaitrons (pousserons grandirons à nouveau..)cela ne pourrais -t-il etre un amour déchu qui faisait de lui l'homme de l'année et qui fait de lui l'homme de l'année dernière.
    cet amour le vide de ses mots, de son inspiration, de son coeur, de sa vie, de son soleil.
    alors il pleu sur l'homme de l'année dernière.
    comme sur moi

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