jeudi 2 octobre 2008

La traitresse

J’en appelle à la mort, je l’attends sans frayeur
Je n’tiens plus à la vie, je cherche un fossoyeur
Qu’aurait un’ tombe à vendre à n’importe quel prix
J’ai surpris ma maîtresse au bras de son mari
Ma maîtresse, la traîtresse!

J’croyais tenir l’amour au bout de mon harpon
Mon p’tit drapeau flottait au cœur d’madam’ Dupont
Mais tout est consommé : hier soir, au coin d’un bois
J’ai surpris ma maîtresse avec son mari, pouah
Ma maîtresse, la traîtresse !

Trouverais-je les noms, trouverais-je les mots
Pour noter d’infamie cet enfant de chameau
Qu’a choisi son époux pour tromper son amant
Qu’a conduit l’adultère à son point culminant
Ma maîtresse, la traîtresse!


Où donc avais-j’les yeux? Quoi donc avais-j’ dedans?
Pour pas m’être aperçu depuis un certain temps
Que, quand ell’ m’embrassait, ell’ semblait moins goulue
Et faisait des enfants qui n’me ressemblaient plus
Ma maîtresse, la traîtresse!

Et pour bien m’enfoncer la corne dans le cœur
Par un raffinement satanique, moqueur
La perfide, à voix haute, a dit à mon endroit
" Le plus cornard des deux n’est point celui qu’on croit "
Ma maîtresse, la traîtresse!

J’ai surpris les Dupont, ce couple de marauds
En train d’recommencer leur hymen à zéro
J’ai surpris ma maîtresse équivoque, ambiguë
En train d’intervertir l’ordre de ses cocus
Ma maîtresse, la traîtresse!




Voilà ce que j'ai trouvé ce matin dans ma tête : cette chanson de Georges Brassens, sur laquelle je n'aurais, a priori, rien à dire, puisque - que vous le croyiez ou non - je n'entretiens pas de maîtresse et n'ai donc pas à craindre ce genre de trahison.
Encore que...
Ma vie durant, j'aurai été tiraillé, entre mon travail et ma vie familiale, au point que mon épouse ait pu développer une forme (bien légitime, celle-la) de jalousie à l'égard de ma vie professionnelle.
Le poids des responsabilités, le travail en retard, les réunions interminables, les urgences, les obligations multiples et incontournables, les journées de travail de plus de 12 heures, les voyages... tout cela est venu, trop souvent, contrarier les projets familiaux et, plus simplement, plus insidieusement, accaparer mon esprit au détriment de mes proches.
Aujourd'hui, avec l'âge et les problèmes de santé, avec les rangs qui s'éclaircissent peu à peu autour de nous, avec les enfants qui prennent, tour à tour, leur envol, je ressens une grande lassitude. Bien que j'aie le sentiment de n'avoir jamais vraiment eu le choix dès lors que je m'étais engagé dans cette profession, je comprends désormais que je ne vivrai pas ce que je n'ai pas vécu, que je ne ferai pas ce que je n'ai pas fait, que je ne trouverai pas ce que je n'ai pas pris le temps de chercher.

Ses petites vacances improvisées touchent à leur fin. Hier, je l'ai encore entendue rire au téléphone. Ces quelques jours sous les derniers rayons du soleil estival semblent lui faire le plus grand bien. Elle oublie un peu les mois de souffrance, d'angoisse. Elle ne pense pas trop aux examens médicaux, aux traitements, aux consultations qui l'attendent au retour. Chaque jour est un cadeau.

Maintenant: pourquoi cette chanson est-elle entrée subrepticement dans ma tête cette nuit ? Je n'en sais et n'en saurai probablement jamais rien. C'est ainsi depuis des années, depuis aussi longtemps que je crois me connaître.
Cependant, que les chansons de Georges Brassens surgissent ainsi n'est pas pour me surprendre. Je ne dirai pas que c'est mon chanteur favori, car j'ai horreur de cette mode actuelle de tout classer, tout hiérarchiser, mais, depuis mon plus jeune âge, j'ai été littéralement bercé par ses chansons. Notre tante en était folle, et, lorsqu'elle nous prenait quelques jours en vacances, nous les faisait écouter en fond sonore. C'était l'époque du "Gorille", auquel nous ne comprenions bien mais auquel nous riions puisqu'elle riait. C'était aussi celle de "J'ai rendez-vous avec vous", dont la mélodie nous enchantait, mais dont les paroles nous échappaient un peu... et nous chantions à tue-tête "Tout en restant mammifère, j'ai rendez-vous avec vous..."

Je reviens sur cette question de classification : les émissions télévisées, les magazines, les journaux... regorgent de classements :
  • - L'homme de l'année
  • - Les 100 meilleurs gags
  • - Les 100 plus grosses fortunes
  • - Les plus ceci, les plus cela
J'exècre cette manie quasi universelle qui consiste à tout réduire :
  1. étiqueter
  2. classer
  3. jeter
Notre société se croît encore à l'heure de la compétition. Les entreprises, les équipes de recherche, les collèges et universités, les commerces... doivent être plus compétitifs. L'esprit de compétition, au delà du sport, envahit tout, à commencer par le système éducatif.

On a vu où mène la compétition à outrance dans le monde sportif, avec des enjeux économiques tels que la santé et l'avenir personnel des sportifs pèsent bien peu.

Dans un monde "globalisé", il peut paraître difficile de survivre et de prospérer si l'on n'a pas "l'esprit de compétition". Mais de quoi s'agit-il, en fait ?
Le succès ne peut-il être atteint qu'au détriment des autres ? Faut-il qu'il y ait toujours un vaincu pour qu'il y ait un gagnant ? Peut-on aller plus loin et plus vite en éliminant les concurrents ?

Je suis, pour ma part, convaincu que l'heure n'est pas - n'est plus - à la compétition, mais à la coopération. Si l'efficience et l'innovation peuvent garantir le succès, la condition en est que les forces, les idées, les volontés soient associées vers un but commun.
Nous sommes à l'ère de la concurrentialité, au sens où nous devons concourir : courir ensemble, en nous guidant, nous entraidant, nous entraînant vers l'objectif collectif.
Les scientifiques et les chercheurs l'ont bien compris, et savent maintenant se regrouper (encore que.. certains croient encore que "bigger is better" siginifie que l'on est meilleur parce que l'on est plus gros, alors qu'au contraire, on ne parvient à croître dans ce monde cruel que parce que l'on est meilleur).

Une fois de plus, en suivant le cours des pensées éveillées par la petite chanson qui trotte dans ma tête le matin, je m'égare...
Au travail !






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